Les médecins retraités sont incités à retravailler.

Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur la lutte contre les déserts médicaux. Nous nous intéressons à l’évolution des prix des matières premières importées en France. Nous vous expliquons ce qu’est le Métavers et nous vous posons une question sur la CGT.

brief.eco|
2 novembre 2022
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Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur la lutte contre les déserts médicaux. Nous nous intéressons à l’évolution des prix des matières premières importées en France. Nous vous expliquons ce qu’est le Métavers et nous vous posons une question sur la CGT.

Ça compte
TWITTER

Le milliardaire américain Elon Musk, dirigeant des entreprises Tesla et SpaceX, est devenu jeudi dernier le nouveau propriétaire du réseau social Twitter après plusieurs mois de tractations et de revirements. Elon Musk a déjà limogé quatre dirigeants de Twitter, dont le PDG, Parag Agrawal, et la responsable des affaires juridiques. Il avait critiqué plusieurs de leurs décisions de modération, dont celle de supprimer le compte de l’ancien président des États-Unis Donald Trump en lien avec l’assaut du Parlement américain par plusieurs centaines de ses soutiens.

INFLATION

La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ce mercredi ses taux directeurs de 0,75 point afin de lutter contre l’inflation dans la zone euro, comme elle l’avait annoncé jeudi dernier. Elle avait déjà relevé ces taux en juillet et en septembre. Le principal de ces taux est celui auquel la BCE prête de l’argent aux banques commerciales. En l’augmentant, la BCE incite les banques commerciales à augmenter les taux d’intérêt des prêts qu’elles accordent aux ménages et aux entreprises, dans l’objectif de faire baisser la demande et donc l’inflation.

Lire notre dossier sur la lutte contre l’inflation.
ÉNERGIE

Le gouvernement français a annoncé jeudi dernier trois dispositifs d’aides pour les entreprises et les collectivités territoriales face à la hausse des coûts de l’énergie. Le premier dispositif consistera à prendre en charge une partie de la facture d’électricité pour « les TPE qui ne bénéficient pas du bouclier tarifaire », les PME, les collectivités territoriales ou encore les établissements publics. « Au total, l’ensemble de ces mesures représente un effort de près de 12 milliards d’euros », a précisé Élisabeth Borne.

PROFITS RECORDS

Le groupe énergétique français TotalEnergies a annoncé jeudi dernier avoir réalisé un bénéfice net de 6,6 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) au troisième trimestre 2022. Avec 17,3 milliards de dollars de bénéfice net depuis le début de l’année, le groupe a déjà dépassé les 16 milliards de dollars de bénéfice net engrangés sur l’ensemble de l’année 2021. Ces bons résultats sont principalement dus à ses activités dans le secteur du gaz, dont les prix ont nettement augmenté avec la guerre en Ukraine.

Lire notre dossier sur les superprofits.
On fait le point
Les déserts médicaux

Emmanuel Macron a défendu la semaine dernière une nouvelle mesure pour inciter les médecins retraités à reprendre le travail. Il entend ainsi lutter contre la désertification médicale. Cette dernière s’explique cependant davantage par une inégale répartition des médecins sur le territoire qu’en raison de leur nombre.

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L’actu
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Interviewé mercredi dernier sur France 2, Emmanuel Macron a abordé la question des déserts médicaux. « On a apporté des réponses d’urgence avec le Ségur » (des discussions menées en 2020 entre le gouvernement et des syndicats de professionnels de la santé), mais « malgré tous ces efforts faits, il y a plein de soignants qui ont arrêté », a-t-il déploré. Il a précisé que la France, qui comptait « 100 000 médecins généralistes il y a quelques années » en a « perdu 6 000 ces dernières années ».

Pour lutter contre les déserts médicaux, le président a proposé que « tous les médecins qui arrivent à la retraite » puissent continuer de travailler en cumulant leur pension de retraite et leurs revenus, sans payer de cotisations retraite sur ces derniers. Cette mesure est contenue dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, en discussion au Parlement.

« Cet engagement est vital pour maintenir l’accès aux soins dans certains territoires », a estimé jeudi dernier le Syndicat des médecins libéraux (SML), regrettant toutefois que la mesure ne soit prévue que pour « la seule année 2023 ». « Le SML réclame la prolongation de cette exonération pour une période de cinq ans », a-t-il précisé dans un communiqué, ajoutant qu’il comptait « sur les sénateurs pour amender le texte dans ce sens ».

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Clin d’œil
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L’éclairage
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Plusieurs types de déserts médicaux

Un désert médical désigne « une zone géographique dans laquelle il est très difficile, voire impossible, de se faire soigner », selon Vie-publique‌.‌fr, un site d’information dépendant des services du Premier ministre. Il existe différents types de déserts médicaux, précise la Drees, le service des études du ministère de la Santé. Ceux dits de « premier recours primordial » concernent les patients ayant des difficultés d’accès à un médecin généraliste, à une pharmacie ou aux urgences. D’autres patients sont plutôt confrontés à un manque d’auxiliaires médicaux (orthophonistes, infirmiers, etc.) ou de spécialistes (gynécologues, cancérologues, etc.). L’inaccessibilité peut aussi être financière : par exemple, si le seul médecin accessible est conventionné en secteurs 2 ou 3, le reste à charge peut être trop lourd pour le patient. La désertification médicale se traduit par une absence de consultations régulières ou par une hausse du temps d’attente, au risque d’une dégradation de l’état de santé des patients concernés. Elle entraîne aussi un report des consultations vers les urgences, aggravant leur saturation.

La démographie médicale

En 2020, le gouvernement a supprimé le numerus clausus pour, expliquait-il alors, lutter contre la désertification médicale. Le numerus clausus a été instauré en 1971 pour limiter le nombre de places en deuxième année des études de médecine, pharmacie, maïeutique (pratique de l’accouchement) et dentaire. Les numerus clausus ont varié au fil du temps : fixés pour les médecins autour de 8 000 par an dans les années 1970 comme dans les années 2010, ils étaient inférieurs à 4 000 par an dans les années 1990, selon la Drees. Ils n’ont toutefois pas empêché une hausse du nombre de médecins, qui a été plus rapide que celle de la population, notait dans un rapport de 2017 la Cour des comptes, chargée du contrôle de la dépense publique. Cependant, cette augmentation est le fait des médecins spécialistes : elle masque une stagnation, puis une baisse depuis 2010, du nombre de généralistes. Les étudiants « désertent » la médecine générale, car elle offre de moins bonnes conditions de travail et de rémunération, affirmait le docteur en médecine Patrick de Casanove dans un article publié en 2017.

2,5
consultations par an et par habitant
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La Drees définit le désert médical, qu’elle appelle « territoire sous-doté », comme une zone où l’accessibilité, c’est-à-dire l’accès possible à un médecin généraliste, est inférieure à 2,5 consultations par an et par habitant. Selon cette définition, 3,8 millions de personnes, soit près de 6 % de la population, résidaient dans un désert médical en 2018. Ce chiffre est calculé à l’échelle d’un bassin de vie (le plus petit territoire au sein duquel les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants).

Une répartition inégale

Les déserts médicaux sont dus à une inégale répartition des médecins sur le territoire et pas à un nombre insuffisant de praticiens, selon un rapport publié par le Sénat en 2013. Les habitants des déserts médicaux ont accès en moyenne à deux fois moins de consultations de généralistes que ceux vivant dans les zones les mieux dotées, selon la Drees. L’écart est encore supérieur pour les spécialistes. En France, les médecins bénéficient de la liberté d’installation, ce qui signifie qu’ils peuvent exercer où ils le souhaitent, indépendamment des besoins de la population. De ce fait, nombre d’entre eux se détournent des zones les plus rurales, mais aussi des banlieues défavorisées, rappelait la Cour des comptes en 2017. En métropole, l’Île-de-France est la région la plus concernée par les déserts médicaux, selon la Drees. Certains élus, tels que Delphine Batho (EELV) et Jérôme Nury (LR), qui ont déposé une proposition de loi, ainsi que des institutions comme la Cour des comptes plaident pour une régulation de l’installation des médecins, comme elle existe déjà pour les pharmaciens ou les infirmiers libéraux. Cette mesure suscite l’opposition de certains syndicats de médecins.

Les mesures prises

Pour attirer et maintenir les médecins dans les déserts médicaux, le gouvernement, l’Assurance maladie ainsi que les collectivités territoriales ont mis en place à partir de 2005 des mesures incitatives telles que des exonérations fiscales et des primes à l’installation. Ces politiques sont « coûteuses au regard des faibles résultats obtenus », estimait la Cour des comptes dans son rapport de 2017. « De l’avis général, la plupart des aides financières, quoique substantielles, sont inefficaces, l’assurance d’une qualité de vie professionnelle et personnelle étant en réalité l’incitation majeure à l’installation dans tel ou tel territoire », ajoutait le Cese en 2017. Pour améliorer les conditions de travail des médecins, les pouvoirs publics misent depuis les années 2010 sur le développement des maisons et des centres de santé qui, en regroupant plusieurs praticiens, permettent de limiter leur charge de travail et de mutualiser une partie des coûts, par exemple de secrétariat.

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Pour aller plus loin
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MESURE DU PHÉNOMÈNE

Dans une étude publiée en 2018, les chercheurs en économie de la santé Guillaume Chevillard, Véronique Lucas-Gabrielli et Julien Mousques présentent les causes des déserts médicaux ainsi que les réponses apportées par les pouvoirs publics. Ils expliquent aussi la difficulté à définir ce qu’est un désert médical et la manière dont sa mesure a évolué au fil du temps.

Lire leur étude.
MARCHÉ MÉDICAL

Dans une interview accordée en 2016 à What’s up Doc, un magazine destiné aux jeunes médecins, l’économiste Nicolas Bouzou présente les caractéristiques du marché médical français. Il estime que la réglementation des prix, en particulier en secteur 1 où les médecins appliquent les tarifs de convention fixés par la Sécurité sociale et ne pratiquent pas de dépassements d’honoraires, est l’une des raisons de la désertification médicale.

Lire son interview.
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En chiffres
L’évolution des prix des matières premières importées

Après avoir fortement augmenté depuis le troisième trimestre 2020, le prix en euros des matières premières importées (alimentaires et industrielles) en France baisse depuis avril 2022, selon une étude publiée la semaine dernière par l’institut national de statistiques Insee. Le prix en euros du pétrole recule aussi depuis juin.

En septembre 2022, les prix des matières premières importées demeurent cependant à un niveau élevé. Par rapport à leurs niveaux d’octobre 2019, le prix des matières premières alimentaires est supérieur de 70,2 %, celui des matières premières industrielles de 41,1 % et celui du pétrole de 67,8 %. Cette hausse des prix est en partie liée à la pandémie de Covid-19, qui a débuté en novembre 2019 en Chine. L’augmentation des prix des matières premières importées se répercute sur les prix de détail et entraîne une augmentation de l’inflation en France, qui a atteint en octobre 6,2 % sur un an, selon l’Insee.

Malgré cette baisse récente des prix, le cabinet d’études Asterès estime dans une note que l’inflation pourrait se maintenir à un niveau élevé jusqu’au début de 2023 avant de baisser progressivement. Il explique que la hausse des prix produit un effet « boule de neige » qui entretient l’inflation « même lorsque ses causes premières se sont dissipées », parce qu’elle oriente les salaires à la hausse, en particulier le Smic qui est indexé sur l’inflation.

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Le mot dans l’actu
Métavers
POURQUOI ON EN PARLE.

Le groupe américain Meta, propriétaire des réseaux sociaux Facebook et Instagram ainsi que de la messagerie instantanée WhatsApp, a vu son chiffre d’affaires du troisième trimestre baisser de 4 % et son résultat net diminuer de 52 % par rapport au troisième trimestre 2021, selon des résultats publiés mercredi dernier. Sa division Reality Labs, consacrée au développement du métavers, a enregistré plus de 9,4 milliards de dollars de pertes sur les neuf premiers mois de 2022.

EN QUOI ÇA CONSISTE.

Le Métavers est un monde numérique, intégré avec l’économie du monde réel, dans lequel des millions de personnes peuvent évoluer simultanément et de manière persistante. Dans un rapport remis la semaine dernière au gouvernement français, les chercheurs Camille François et Rémi Ronfard ainsi que l’avocat Adrien Basdevant distinguent ce concept de Métavers, avec un « M » majuscule, des métavers, qui en sont des déclinaisons sous la forme de services en ligne, plus ou moins ouverts, déjà proposés par des entreprises.

Ces métavers donnent accès à des simulations d’espaces en trois dimensions en temps réel, dans lesquels les utilisateurs peuvent vivre des expériences immersives. Ils y ont accès grâce à un casque de visualisation, grâce à une projection de ces espaces sur l’écran de leur smartphone ou de leur tablette ou encore grâce à un avatar, qui les représente sur un écran. L’expérience est dite « persistante », car la simulation se poursuit même lorsqu’un utilisateur est déconnecté, de la même manière que la vie continue lorsqu’un être humain dort.

Le terme « métavers » a été inventé par l’auteur américain de science-fiction Neal Stephenson. Dans son roman « Snow Crash » (appelé « Le Samouraï virtuel » en français) publié en 1992, il décrit un monde dans lequel prospèrent les entreprises privées, les mafias et les sectes au détriment des États et où les échanges s’effectuent à l’aide de monnaies électroniques chiffrées qui échappent à l’impôt. Dans ce monde, les êtres humains peuvent s’immerger dans le Métavers, un univers numérique, à l’aide d’un avatar.

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À vous de jouer
Dans quelle ville a été fondée la CGT ?
Montreuil
Roubaix
Limoges

Ce numéro a été confectionné par Céline Boff, Nicolas Filio et Laurent Mauriac.

GLOSSAIRE
Retrouvez dans notre glossaire les notions abordées dans cette édition :
Chiffre d’affaires, Inflation, Résultat net, Taux d’intérêt, Banque centrale européenne, Cour des comptes, Smic, PME, PDG
                                                                   
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