Le rôle des semi-conducteurs dans l’économie | Quel est le premier partenaire commercial des États-Unis ?

Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur le rôle des semi-conducteurs dans l’économie. Nous nous intéressons à la croissance de la France. Nous vous expliquons ce qu’est une société en commandite par actions et nous vous posons une question sur les échanges commerciaux des États-Unis.

Ça compte

ÉTATS-UNIS

Le PIB (la production totale de biens et de services) des États-Unis a progressé au premier trimestre de 1,6 % par rapport au trimestre précédent et de 6,4 % en rythme annuel, selon une première estimation publiée jeudi dernier par le département du Commerce américain. Au premier trimestre, le PIB est en baisse de 0,6 % dans la zone euro et de 0,4 % dans l’UE par rapport au trimestre précédent, selon des estimations préliminaires publiées vendredi dernier par l’institut européen de statistiques Eurostat.

kickerLire notre dossier sur la place des États-Unis dans l’économie mondiale.
APPLE

La Commission européenne a estimé vendredi dernier, après une enquête préliminaire, que l’entreprise américaine Apple avait « faussé la concurrence sur le marché de la diffusion de musique en continu en abusant de sa position dominante ». Ce constat, s’il se confirme, est susceptible de déboucher sur des sanctions. Le numéro un mondial de la diffusion de musique en streaming, Spotify, avait déposé une plainte contre Apple, l’accusant de privilégier son application d’écoute en ligne Apple Music sur l’App Store, sa plateforme d’applications mobiles.

kickerLire nos explications sur le modèle de la musique en ligne.
AIDES

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé lundi sur RTL un élargissement à partir de juin du fonds de solidarité pour les entreprises des secteurs affectés par les restrictions sanitaires liées au Covid-19, tels que les hôtels, les cafés, les restaurants ou encore les salles de spectacle. Il a expliqué que ces entreprises pourraient y avoir accès « quelle que soit » leur perte de chiffre d’affaires alors qu’il faut actuellement justifier d’une perte d’au moins 50 %. « C’est aussi une incitation à la réouverture », a-t-il déclaré.

RAFALE

Le ministère égyptien de la Défense a annoncé hier que son pays et la France avaient signé un contrat de fourniture de 30 avions de combat Rafale. L’Égypte avait été en 2015 le premier pays étranger à signer un contrat d’achat de Rafale, pour 24 appareils. En décembre dernier, Emmanuel Macron a déclaré que la France ne conditionnerait pas la coopération en matière de défense avec l’Égypte aux droits humains. Le programme Rafale mobilise 500 entreprises françaises employant 7 000 salariés, selon la ministre des Armées, Florence Parly.

kickerLire notre article sur le commerce des armes.

On fait le point

Le rôle des semi-conducteurs dans l’économie

Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a annoncé mercredi dernier le lancement prochain d’une alliance européenne dans les semi-conducteurs. La demande pour ces matériaux, essentiels pour de nombreuses technologies, a fortement augmenté depuis les années 1960. Plusieurs secteurs connaissent actuellement une pénurie de semi-conducteurs.

L’actu

Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a annoncé mercredi dernier dans une interview aux Échos le lancement d’une alliance européenne dans les semi-conducteurs « réunissant tous les acteurs de la chaîne de production ». 22 pays soutiennent déjà le projet, a précisé Thierry Breton et des discussions avec plusieurs entreprises européennes telles que Bosch ou Siemens sont en cours.

Selon lui, « dans l’industrie des semi-conducteurs, l’Europe s’est laissé distancer » par l’Asie et les États-Unis. Il estime qu’elle « avait davantage de capacités de production, de compétences et de savoir-faire » et que « le manque d’investissement lui a fait prendre du retard ».

La Commission européenne avait annoncé en mars un objectif de 20 % de production des semi-conducteurs dans le monde par l’UE d’ici 2030, contre 10 % en 2020, dans le cadre d’un plan de transformation numérique de l’Europe d’ici à 2030.

Clin d’oeil
L’éclairage
Les applications des semi-conducteurs

Les semi-conducteurs sont des matériaux qui constituent la base des circuits intégrés (ou puces électroniques), tels que les microprocesseurs ou les puces de mémoire. Ils forment des transistors ou des diodes. Les puces actuelles peuvent contenir plusieurs milliards de transistors. Les semi-conducteurs sont essentiels pour de nombreux produits comme les smartphones, les voitures ou encore les consoles de jeu vidéo. Le silicium est le principal type de semi-conducteur utilisé. « La création de nouveaux marchés de l’électronique et des équipements est le moteur de la forte tendance à la croissance de l’industrie des semi-conducteurs », expliquait Harald Gruber, économiste à la Banque européenne d’investissement, l’institution financière des États membres de l’Union européenne, dans un article publié en 1998.

L’essor du marché et la loi de Moore

Dans un article publié en 1965, le physicien américain Gordon Moore, futur cofondateur de l’entreprise américaine Intel et alors directeur de la recherche et du développement d’une entreprise fabriquant des semi-conducteurs, prédit que le nombre de semi-conducteurs par circuit intégré de même taille doublerait chaque année, à prix constants, en raison des progrès technologiques. Cette loi, appelée « loi de Moore », s’est révélée exacte. En 1975, Gordon Moore l’ajusta en ramenant la période de doublement à deux ans. « À partir du milieu des années 1970, tous les grands fabricants de semi-conducteurs utilisèrent la loi de Moore pour définir leurs produits et pour guider le développement de nouveaux procédés de production », soulignent les chercheurs français et sud-coréen Christophe Lécuyer et Hyungsub Choi dans un article publié en 2012.

373
milliards d’euros

Le marché des semi-conducteurs a représenté un chiffre d’affaires de 373 milliards d’euros en 2020, en hausse de 7,3 % par rapport à 2019, selon une étude du cabinet d’analyse Gartner publiée en janvier. L’entreprise américaine Intel (15,6 % de parts de marché), ainsi que les entreprises sud-coréennes Samsung Electronics (12,5 %) et SK Hynix (5,6 %), ont enregistré le plus de ventes. 54 % de la fabrication mondiale a été sous-traitée à la fonderie taïwanaise TSMC en 2020, selon le cabinet d’études taïwanais TrendForce. Une fonderie est un fabricant de dispositifs à semi-conducteurs ne prenant pas en charge leur conception.

La pénurie et ses causes

Différents secteurs, tels que l’automobile ou la téléphonie mobile, connaissent depuis plusieurs mois une pénurie de semi-conducteurs. Ceux-ci « sont à la base de produits qui connaissent une très forte demande à l’heure actuelle, du fait du développement notamment du télétravail consécutif à la pandémie » de Covid-19, expliquait en février l’économiste français Michel Fouquin sur France Culture. Cette pénurie a conduit certains constructeurs automobiles comme Volkswagen, Ford ou Renault, à ralentir leur production de voitures, car les semi-conducteurs sont nécessaires à la conception de modules tels que les tableaux de bord ou les systèmes de navigation. Le cabinet d’analyse IHS Markit a estimé, dans une étude publiée en février, qu’un million de véhicules ne seraient pas fabriqués à temps au premier trimestre 2021.

La concurrence et la dépendance de la Chine

La production de semi-conducteurs est fortement concentrée en Corée du Sud, à Taïwan et aux États-Unis. Le ministre de l’Économie français, Bruno Le Maire, s’est opposé en février à des projets de rachat de fabricants européens par des sociétés étrangères. L’Italie a également bloqué le rachat d’un fabricant par une société chinoise. La Chine reste fortement dépendante de ses importations. Dans une étude publiée en mars 2020, le cabinet de conseil Boston Consulting Group estimait que la production de semi-conducteurs en Chine ne couvrait que 14 % de sa demande. « Les semi-conducteurs sont le maillon faible de la stratégie de développement chinoise centrée sur l’innovation », souligne dans un article publié en janvier Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie de l’Institut Montaigne, un cercle de réflexion.

Pour aller plus loin
PÉNURIE

Dans un article publié en mars sur le site The Conversation, l’économiste française Mathilde Aubry et le géographe français Ludovic Jeanne expliquent que la pénurie de semi-conducteurs est appelée à durer, car les capacités de production ne sont pas en mesure de s’adapter à moyen et court terme « à une demande de produits électroniques qui a explosé ».

kickerLire l’article.
DÉPENDANCE

Dans une vidéo enrichie d’infographies diffusée sur sa chaîne YouTube, le journal Les Échos explique comment fonctionnent et sont fabriqués les semi-conducteurs et comment plusieurs industries sont devenues dépendantes de ces matériaux de la taille d’un grain de sable.

kickerVoir la vidéo.

En chiffres

La croissance de la France

Au premier trimestre 2021, le PIB (produit intérieur brut) de la France, qui totalise la production de biens et services au sein d’un pays, secteurs privé et public confondus, a légèrement augmenté par rapport au trimestre précédent (+0,4 %), retrouvant un niveau proche de celui du premier trimestre 2017, selon une étude publiée vendredi dernier par l’institut national de statistiques Insee.

Selon l’Insee, le PIB, « principal agrégat mesurant l’activité économique », donne « une mesure des richesses nouvelles créées chaque année par le système productif et permet des comparaisons internationales. » L’Insee calcule le PIB en volume « aux prix de l’année précédente chaînés », c’est-à-dire en prenant compte les variations de prix, telles que celles des produits de consommation. Cette évolution en volume mesure la croissance économique.

Avant la crise économique liée au Covid-19, le PIB de la France était en nette hausse depuis la fin de la crise financière de 2008. De 506 milliards d’euros au premier trimestre 2009, il est passé à 581 milliards au quatrième trimestre 2019. Le premier confinement a provoqué une baisse significative du PIB au premier trimestre et au deuxième trimestre 2020, faisant entrer la France dans une période de récession caractérisée par deux trimestres consécutifs de décroissance.

Le mot dans l’actu

Société en commandite par actions

POURQUOI ON EN PARLE.  

Le groupe français Lagardère (distribution, édition, médias) a annoncé mercredi dernier un projet de transformation en société anonyme. Lagardère est actuellement une société en commandite par actions, un statut qui permet à Arnaud Lagardère, qui ne possède que 7 % des actions, de contrôler l’entreprise.

EN QUOI ÇA CONSISTE.  

La société en commandite par actions est une forme de société regroupant deux types d’associés : un ou plusieurs commandités, qui ont la qualité de commerçant, et des commanditaires, qui ont la qualité d’actionnaires. « Le commandité dirige et le commanditaire investit, sans avoir à se soucier de la gestion de la société », explique le ministère de l’Économie sur son site. Ayant un statut de commerçant, le commandité est responsable des dettes de la société, tandis que la responsabilité des commanditaires est limitée à leur apport.

Cette forme de société est peu répandue en France. Les professeurs français de gouvernance d’entreprise et de sciences de gestion, Jean-Baptiste Cartier et Patrice Charlier, soulignent, dans un article publié en 2012, que la société en commandite par actions permet « aux associés de dissocier le montant de la participation dans le capital de l’étendue de leurs pouvoirs ». Ils expliquent que « les commandités agissent de fait comme des actionnaires majoritaires avec des droits de vote qui peuvent être très supérieurs à leurs parts dans le capital, dans la mesure où le pouvoir est entre leurs mains ».

En France, le groupe de luxe Hermès, le fabricant de pneumatiques Michelin ou encore le groupe Euro Disney qui exploite le parc d’attractions Disneyland Paris sont des sociétés en commandite par actions. Ce type de structure permet aux familles dirigeant les sociétés comme Hermès ou Michelin d’éviter les offres publiques d’achat (une proposition faite aux actionnaires d’une société cotée de racheter leurs titres à un prix donné pendant une période donnée) et de garder le contrôle de la société.

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