Délocalisations | Quel pays de l’UE produit le plus de fromages ?

Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur les délocalisations. Nous nous intéressons aux logements surpeuplés. Nous vous expliquons ce qu’est la fonction publique et nous vous posons une question sur le fromage.

Ça compte

  • Baisses de prix en Chine. Plusieurs entreprises du secteur du luxe, telles que les maisons française et italienne de maroquinerie et de prêt-à-porter Louis Vuitton et Gucci, ainsi que le fabricant américain de smartphones Apple ont baissé les prix de leurs produits en Chine ces derniers jours. Sur le site d’Apple en Chine, la baisse sur certains modèles d’iPhone peut atteindre 500 yuans (environ 66 euros), a relevé l’agence de presse Reuters.

    Pourquoi ça compte. Le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a annoncé le 5 mars une baisse de la TVA dans plusieurs secteurs, notamment dans l’industrie manufacturière et sur les produits importés, afin de relancer la croissance dont le rythme ralentit. Cette baisse est effective depuis lundi. Louis Vuitton, propriété de LVMH, a dit « saluer les efforts du gouvernement chinois pour réduire les écarts de prix entre la Chine et le reste du monde ».
  • Véhicules électriques en Norvège. Les véhicules électriques ont représenté en mars 58,4 % des ventes de véhicules neufs en Norvège, selon les chiffres publiés lundi par l’organisme indépendant OFV rassemblant les professionnels du transport automobile. Selon l’Agence internationale de l’énergie, une organisation rassemblant 30 pays parmi les plus industrialisés, la Norvège était en 2017 le premier pays au monde pour la part de marché des véhicules électriques et hybrides rechargeables, avec 39 %, devant l’Islande (12 %) et la Suède (6 %).

    Pourquoi ça compte. La Norvège s’est fixé comme objectif d’interdire en 2025 la vente de voitures avec des moteurs à combustion (contre 2040 pour la France). Le pays a mis en place une politique incitative en faveur des véhicules électriques, exemptés de TVA et de redevance d’immatriculation. Ces véhicules bénéficient aussi de péages urbains gratuits, d’un accès aux voies de bus, d’un stationnement gratuit et de la mise à disposition de bornes de recharge.
  • Le plus haut bénéfice. La compagnie pétrolière publique saoudienne Saudi Aramco a dévoilé lundi pour la première fois ses comptes aux agences de notation dans la perspective d’une émission obligataire. Son bénéfice net a atteint 111,1 milliards de dollars en 2018 pour un chiffre d’affaires de 359,9 milliards de dollars.

    Pourquoi ça compte. Saudi Aramco se révèle être de loin la société ayant le bénéfice le plus important au monde. Il représente quasiment le double de celui de l’entreprise américaine Apple (59,3 milliards de dollars pour son exercice décalé 2018). Détenue à 100 % par l’État saoudien, la compagnie pétrolière nationale a la mainmise sur la quasi-totalité des champs pétroliers du pays. Dans le budget 2019, 68 % des recettes de l’État proviennent de l’exploitation pétrolière.

On fait le point

Les délocalisations

Le groupe automobile allemand Daimler a annoncé jeudi dernier la délocalisation en Chine de la production des futurs modèles de sa marque Smart, aujourd’hui fabriqués en France. Selon les théories traditionnelles du commerce international, les délocalisations s’inscrivent dans le jeu normal d’une économie mondialisée et se révèlent bénéfiques pour la croissance, mais certains économistes mettent en avant des dommages durables dans les bassins d’emplois industriels.

L’actu

Daimler a annoncé jeudi dernier que ses voitures citadines de marque Smart seraient bientôt produites avec le constructeur automobile chinois Geely à travers une entreprise commune. Le constructeur allemand a précisé que les prochains modèles ne seront plus fabriqués dans l’usine historique de Hambach, en Moselle, mais en Chine. Les premières ventes de ces futurs modèles, dont la motorisation sera entièrement électrique, sont prévues en 2022. Le président du conseil d’administration de Daimler, Dieter Zetsche, a justifié cette délocalisation par le fait que la Chine « compte déjà plus de 100 villes de plus d’un million d’habitants » et qu’elle « possède plus de véhicules électriques que tous les autres pays du monde réunis ». Les véhicules Smart fabriqués en Chine ont cependant vocation à être vendus dans tous les pays. Daimler a affirmé que la délocalisation de la production ne se traduira par aucune perte d’emplois dans l’usine française, dont l’activité sera réorientée vers la production de véhicules électriques de Mercedes-Benz, une autre marque du groupe.

L’éclairage

En quoi consiste une délocalisation ?

Dans une discussion en ligne avec des lecteurs du Monde en 2008, l’économiste français Élie Cohen définit la délocalisation « stricto sensu » comme le fait de « fermer une usine en France », de « la reconstituer dans un pays émergent » puis de « réimporter en France la production faite dans le pays émergent ». Il estime toutefois que « le phénomène de délocalisation est plus large » et qu’il devrait comprendre les entreprises, restées en France, qui se détournent de leurs fournisseurs français pour s’approvisionner à l’étranger. Dans ces deux cas, les entreprises cherchent à réduire les coûts en ayant recours, directement ou à travers la sous-traitance, à une main-d’œuvre moins chère. Dans un rapport publié en 2004, le Sénat écrit que « certains qualifient aussi de délocalisation la création d’une nouvelle unité de production à l’étranger plutôt que sur le territoire national », même si cette production est vendue dans le pays étranger et non rapatriée en France. Il estime que cette « extension sémantique » est envisageable dans la mesure où la localisation à l’étranger « prive l’économie domestique d’une capacité productive supplémentaire ». Dans ce cas, l’entreprise cherche avant tout à se rapprocher de son marché pour réduire les coûts de transport et les droits de douane.

Quelles théories sous-tendent la délocalisation ?

Dans un article publié en 1966, l’économiste américain Raymond Vernon (1913-1999) développe la théorie du cycle de vie du produit à l’ère du commerce international. Il montre qu’une entreprise innovante commence par lancer un nouveau produit sur son marché intérieur avant de le vendre également à l’étranger. Lorsque ce produit est suffisamment standardisé, l’entreprise transfère sa production vers des pays où il est moins cher à fabriquer et où il peut également être vendu. Le pays d’origine devient finalement un importateur du produit. Dans un article publié en 2004, l’économiste indo-américain Jagdish Bhagwati estime que les délocalisations se traduisent par des « gains commerciaux » pour les entreprises. Il affirme que les emplois les plus touchés sont peu qualifiés et que d’autres emplois, à plus forte valeur ajoutée et mieux rémunérés, sont créés, tels que des postes en recherche et développement. Dans une interview accordée en 2017 à SES-ENS, le site de sciences économiques animé par l’École normale supérieure de Lyon, l’économiste français Farid Toubal estime qu’il est « tout à fait envisageable » qu’avec « la montée en gamme rapide des pays émergents, les professions intellectuelles, plutôt gagnantes ces dernières décennies, soient à l’avenir également menacées dans les pays développés ».

Quelle est l’ampleur des délocalisations en France ?

Dans une étude publiée en 2010, la Direction générale du Trésor estime que les délocalisations sont à l’origine de 10 % à 20 % des pertes d’effectifs dans l’industrie française entre 1995 et 2001. L’étude montre que si 47 % des emplois sont délocalisés dans un pays émergent, 53 % le sont dans un pays développé, principalement en Espagne, en Italie, en Allemagne et aux États-Unis. Le Trésor explique que ces délocalisations dans des pays développés répondent davantage à une « logique de restructuration des groupes », par exemple pour rapprocher plusieurs filiales, « qu’à une logique de réduction des coûts ». Dans un article collectif publié en 2014, les chercheurs d’un laboratoire d’économie commun entre l’organisme public de recherche CNRS et l’Université de Bordeaux affirment que la délocalisation est un phénomène sous-estimé « parce que ni les déplacements partiels d’activité ni le recours à la sous-traitance internationale ne peuvent être efficacement comptabilisés ». Ils ajoutent que si « la fermeture d’un site ou d’une usine » a généralement peu d’impact à l’échelle du pays, « les conséquences pour une région peuvent être particulièrement sévères et durables ».

Pour aller plus loin

Délocalisations en chiffres. Dans une vidéo de 3 mn 20, Jean-Philippe Bonardi, professeur en management stratégique à l’Université de Lausanne en Suisse, s’appuie sur plusieurs études pour dresser le profil des entreprises qui délocalisent le plus et présenter les conséquences en matière de création et de destruction d’emplois.

Cycle de vie d’un produit. Le magazine de vulgarisation économique Comptazine présente la théorie du cycle de vie d’un produit et ses quatre phases, depuis son lancement jusqu’à son déclin. Il rappelle comment l’économiste américain Raymond Vernon a appliqué cette théorie au commerce international en 1966.

En chiffres

Les logements surpeuplés

En France, 12 % des personnes vivaient dans un logement surpeuplé en 2014 ou en 2017, selon une étude publiée la semaine dernière par l’institut national de statistiques Insee. Un logement est considéré comme surpeuplé si ses occupants ne bénéficient pas d’une place suffisante, selon certains critères définis par l’Insee. Par exemple, un couple avec un enfant doit disposer de trois pièces, en plus de la salle de bain et de la cuisine. Une personne seule doit vivre dans au moins 25 m2. Selon l’étude, les familles monoparentales vivent deux fois plus souvent dans un logement surpeuplé que les couples avec enfants, cinq fois plus que les personnes seules et quinze fois plus que les personnes en couple sans enfant. À Paris et en région parisienne, où le coût du logement est plus élevé, les logements sont également plus fréquemment surpeuplés, avec une part des personnes concernées deux fois supérieure à la moyenne nationale.

Le mot dans l’actu

Fonction publique

Pourquoi on en parle. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, et son secrétaire d’État chargé de la fonction publique, Olivier Dussopt, ont présenté mercredi dernier en Conseil des ministres le projet de loi de transformation de la fonction publique. Ce texte prévoit de faciliter le recours aux contractuels – les agents qui n’ont pas le statut de fonctionnaire –, de favoriser la mobilité professionnelle à l’intérieur de la fonction publique ainsi que vers le secteur privé et de renforcer l’égalité professionnelle.

En quoi ça consiste. En France, la fonction publique est composée de trois grandes entités parfois appelées « versant » : d’État, hospitalière et territoriale. La première regroupe les ministères et les établissements publics administratifs (EPA) nationaux comme Pôle emploi, l’organisme public de recherche CNRS ou les universités. La deuxième rassemble les hôpitaux publics, les établissements publics d’hébergement pour les personnes âgées et d’autres établissements dédiés à l’aide sociale (enfance, personnes handicapées, etc.). La troisième regroupe les collectivités territoriales, c’est-à-dire les régions, les départements et les communes, ainsi que les EPA locaux tels que les Centres communaux d’action sociale et les Services départementaux d’incendie et de secours. Les effectifs de la fonction publique comprennent l’ensemble des agents, fonctionnaires ou non. Les entreprises publiques, telles que La Poste ou la SNCF, ne font pas partie de la fonction publique. Il ne faut pas non plus confondre la fonction publique et le service public qui englobe toutes les activités ayant un intérêt général, certaines pouvant être confiées au privé, comme la gestion de l’eau potable.

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