Le modèle économique de Deliveroo | Que vendait Darty avant de se lancer dans l’électroménager et l’électronique ?

Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur le modèle économique de Deliveroo. Nous nous intéressons aux inscriptions à Pôle emploi après un licenciement économique. Nous vous expliquons ce qu’est le Pacte de stabilité et de croissance et nous vous posons une question sur Darty.

Ça compte

ÉTATS-UNIS

Le président des États-Unis, Joe Biden, a présenté mercredi dernier un plan d’investissement dans les infrastructures de 2 000 milliards de dollars sur huit ans. Il prévoit de financer en partie ce plan grâce à une augmentation du taux d’impôt sur les bénéfices des sociétés. La secrétaire d’État au Trésor, Janet Yellen, l’équivalent américain du ministre de l’Économie, a déclaré lundi travailler avec les pays du G20 (les 20 principales puissances économiques de la planète) « pour convenir d’un taux d’imposition mondial minimum sur les sociétés ».

kickerVoir les détails du plan sur France 24.
AIR FRANCE

La Commission européenne a annoncé mardi avoir approuvé une « recapitalisation » de près de 4 milliards d’euros du groupe de transport aérien Air France-KLM par l’État français afin de l’aider à faire face aux difficultés financières liées au Covid-19. Au terme de l’opération d’augmentation de capital prévue par le gouvernement, l’État français deviendrait le premier actionnaire du groupe avec un peu moins de 30 % du capital.

kickerLire l’article de B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e sur la recapitalisation d’Air France par l’État français.
PRÉVISIONS

Le Fonds monétaire international (FMI), un organisme chargé de garantir la stabilité financière mondiale, a annoncé mardi revoir à la hausse ses prévisions de croissance. Il table désormais sur une croissance du PIB mondial (la production totale de biens et de services) de 6 % en 2021 (au lieu de 5,5 % pour sa précédente estimation) puis de 4,4 % en 2022 (au lieu de 4,2 %). Cette croissance sera portée par la reprise en Chine et en Inde, ainsi que par les mesures de soutien à l’économie prises aux États-Unis, prévoit le FMI.

kickerLire les prévisions de croissance du FMI.
PRÊTS

La Fédération bancaire française, qui réunit les entreprises du secteur, a annoncé mardi que plus de la moitié des entreprises ayant bénéficié du dispositif de prêt garanti par l’État (PGE) ont opté pour une année supplémentaire avant de commencer à rembourser leur prêt. Adopté au printemps 2020 pour aider les entreprises à traverser la crise liée au Covid-19, ce dispositif leur permet d’obtenir un prêt bancaire que l’État s’engage à couvrir en cas de défaillance à hauteur de 70 % à 90 %. Au 19 mars, 670 000 entreprises avaient bénéficié d’un PGE pour un montant total de 136 milliards d’euros.

On fait le point

Le modèle économique de Deliveroo

L’entreprise britannique spécialisée dans la livraison de repas à domicile Deliveroo a fait son entrée à la Bourse de Londres mercredi dernier. Son modèle économique, reposant sur l’activité de livreurs indépendants, est contesté dans plusieurs pays.

L’actu

L’entreprise britannique spécialisée dans la livraison de repas à domicile Deliveroo a fait son entrée à la Bourse de Londres mercredi dernier. Elle a fixé le prix de son introduction à 3,9 livres (4,6 euros), ce qui équivaut à une capitalisation boursière (la valeur actualisée de toutes ses actions cotées) de 8,9 milliards d’euros. L’action de Deliveroo a perdu 26 % lors de sa première séance. Mardi, le titre a clôturé à 2,8 livres (3,3 euros). Cette introduction en bourse a permis à l’entreprise britannique de lever 1,8 milliard d’euros.

Les jours précédant l’introduction en bourse, deux des plus importantes sociétés de gestion d’actifs britanniques ont annoncé ne pas vouloir investir dans Deliveroo en raison du modèle économique de la plateforme, reposant sur des livreurs indépendants. Elles pointent leur manque de protection sociale ou le risque que l’entreprise doive bouleverser son mode de fonctionnement à la suite de plusieurs décisions de justice.

Le groupe français de distribution Carrefour a par ailleurs annoncé mardi la signature d’un partenariat avec Deliveroo en France pour proposer à ses clients la livraison de courses à domicile. Ce type de service a déjà été déployé en Belgique, en Espagne et en Italie.

Clin d’oeil
L’éclairage
Un marché triface

Deliveroo met en relation trois types d’utilisateurs : les restaurateurs, les consommateurs et les livreurs. Via sa plateforme, l’entreprise britannique s’adresse ainsi à un marché triface. « Chaque face de la plateforme valorise d’autant plus le service qu’elle fournit que le nombre d’utilisateurs sur ses autres faces est important, augmentant d’autant les possibilités d’interactions et d’appariement », expliquent les économistes français Jean Beuve et Laurie Bréban, dans un article publié en 2017. Deliveroo prélève un pourcentage de la vente de chaque repas auprès des restaurateurs, ainsi qu’une commission auprès des consommateurs, afin de financer ses activités et de rémunérer ses livreurs. Ce type de plateforme repose sur « l’effet réseau », un principe selon lequel l’utilité d’un service augmente avec le nombre d’utilisateurs. Dans le cas de Deliveroo et des autres plateformes de livraison de repas, cet effet doit être atteint pour les trois composantes de son modèle, notent les économistes français Anne Aguilera, Laetitia Dablanc, Alain Rallet, dans un article publié en 2018.

Le recours à des livreurs indépendants contesté

Les livreurs travaillant pour Deliveroo ne disposent pas de contrat de travail, la société les considérant comme des travailleurs indépendants. Deliveroo peut ainsi ajuster à tout moment les moyens humains mobilisés à son niveau d’activité. En France, les livreurs ont généralement le statut de micro-entrepreneur (anciennement appelé auto-entrepreneur). Créé en 2008, ce statut propose un régime simplifié de déclaration et de versement des cotisations sociales par un prélèvement proportionnel au chiffre d’affaires. Contrairement au contrat de travail, il ne garantit pas de rémunération minimale à l’heure travaillée ou de congés payés. Le statut de livreur indépendant est contesté dans plusieurs pays. Le Conseil de prud’hommes de Paris a condamné en février 2020 Deliveroo pour travail dissimulé après un recours déposé par l’un de ses livreurs qui réclamait la requalification du contrat de prestation de services qui le liait à l’entreprise en contrat de travail. Aux Pays-Bas, la justice a estimé à deux reprises que les livreurs de la plateforme n’étaient pas des travailleurs indépendants et qu’ils devaient disposer d’un contrat de travail.

100 000
livreurs

Deliveroo affirmait le 8 mars dernier travailler avec plus de 100 000 livreurs, dont 14 000 en France, lui assurant une présence dans près de 800 villes dans le monde. En 2017, le nombre de livreurs travaillant pour Deliveroo était deux fois moins élevé.

D’importants investissements pour se développer

La stratégie de Deliveroo repose sur des investissements massifs en marketing pour faire connaître sa plateforme et en développement pour toucher des nouveaux marchés dans plusieurs pays. Cette stratégie donne lieu à des pertes importantes. En 2020, Deliveroo a enregistré des pertes de 263 millions d’euros, après 373 millions d’euros en 2019. L’entreprise britannique finance ses investissements grâce à des levées de fonds. Depuis sa création, Deliveroo a levé près de 1,7 milliard d’euros auprès d’investisseurs, dont 421 millions d’euros auprès de l’entreprise américaine Amazon et de plusieurs fonds d’investissement en mai 2019. Le secteur de la livraison est un secteur en forte croissance qui se consolide autour de quelques acteurs, dont Deliveroo et Uber Eats, le service de livraison lancé par l’entreprise américaine de transports Uber.

La position défavorable des livreurs

« La seule variable du modèle économique sur laquelle ce type de plateforme peut vraiment agir est la rémunération du livreur », avancent Anne Aguilera, Laetitia Dablanc et Alain Rallet. En effet, « la valeur moyenne des repas ne dépend pas d’elle, mais du restaurant » et « le taux de prélèvement sur les restaurateurs ne peut être augmenté sous peine de voir ceux-ci déserter la plateforme dans un contexte de forte concurrence ». Deliveroo a modifié le mode de rémunération des livreurs à plusieurs reprises depuis sa création. L’économiste français Emmanuel Combe estime, dans un article publié en 2019, que Deliveroo dispose d’une capacité à baisser les rémunérations des livreurs, car il est, avec les autres plateformes, dans une situation d’oligopsone, c’est-à-dire un marché caractérisé par un petit nombre d’acheteurs (les plateformes) face à un grand nombre de vendeurs qui se font concurrence (les livreurs).

Pour aller plus loin
CONSOLIDATION

Dans un article publié dans Le Monde, la journaliste Laurence Girard explique pourquoi le rachat de l’entreprise britannique de livraisons de repas Just Eat par le néerlandais Takeaway.com témoigne de la consolidation du secteur et de l’intensité de la concurrence.

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CAMÉRA EMBARQUÉE

Dans une vidéo publiée en janvier, le livreur Deliveroo et YouTubeur sous le pseudo Gyroroo filme l’une de ses sorties à vélo à Nantes. Il affiche à chaque livraison les kilomètres à parcourir, l’argent qu’il va toucher en effectuant la livraison et le temps d’attente pour récupérer chaque repas.

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En chiffres

Les inscriptions à Pôle emploi après un licenciement économique

Le nombre d’inscriptions à Pôle emploi après un licenciement économique est en baisse depuis 2003, selon une étude publiée jeudi dernier par la Dares, le service de statistiques du ministère du Travail. « Cette réduction est en partie liée à l’essor de la rupture conventionnelle depuis sa création par la loi du 25 juin 2008 », notait un rapport du Sénat de 2019.

Le nombre d’inscriptions à Pôle emploi après un licenciement économique reflète la conjoncture économique. Après la crise financière de 2008, ce nombre a doublé entre le 1er trimestre 2008 et le 2e trimestre 2009, avant de retrouver un niveau proche de celui d’avant-crise en 2011. Après avoir résisté durant le premier confinement du 17 mars au 11 mai 2020, le nombre d’inscriptions à Pôle emploi après un licenciement économique a fortement augmenté au troisième trimestre 2020 (+38,4 %), pour atteindre 44 700, son niveau le plus élevé depuis mi-2015. La mise en place de mesures de chômage partiel a permis de limiter le nombre de licenciements économiques.

« Un licenciement pour motif économique est un licenciement effectué par un employeur pour des raisons qui ne sont pas liées au salarié lui-même », explique le site de l’administration française Service-public.fr. Lorsqu’un employeur procède au licenciement économique d’au moins deux salariés dans une même période de 30 jours, il doit consulter les représentants du personnel. Si l’entreprise compte plus de 50 salariés, l’employeur doit mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi à partir de 10 salariés licenciés.

Le mot dans l’actu

Pacte de stabilité et de croissance

POURQUOI ON EN PARLE.  

Le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, a plaidé lundi dernier pour une réforme du Pacte de stabilité et de croissance, lors d’une audition devant la Cour des comptes, chargée du contrôle de la dépense publique en France. « Nous devons faire en sorte que nos règles budgétaires puissent soutenir la croissance, a-t-il affirmé. Il faut permettre notamment des niveaux d’investissement public importants dans les années à venir. »

EN QUOI ÇA CONSISTE.  

Le Pacte de stabilité et de croissance est « un ensemble de règles pour la coordination des politiques budgétaires nationales au sein de l’Union européenne », explique sur son site le Conseil européen, qui réunit les dirigeants des États membres de l’UE. « Il vise à assurer les finances publiques saines qui sont nécessaires pour garantir la stabilité des prix et stimuler une croissance forte », précise le site. Ce pacte a été adopté au Conseil européen d’Amsterdam en juin 1997. Il a depuis été révisé en 2005 et renforcé par l’adoption d’un traité, ainsi que de plusieurs règlements européens.

Le Pacte de stabilité et de croissance comporte deux volets. Le volet préventif prévoit que les États membres présentent leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année. Le volet correctif impose aux États membres d’adopter des mesures correctives si leur déficit public – État, collectivités, Sécurité sociale – représente plus de 3 % du PIB (la production de biens et de services) ou si le niveau de leur dette publique représente plus de 60 % du PIB.

Ces règles ne s’appliquent cependant pas en cas de circonstances exceptionnelles comme en 2008 lors de la crise financière. Après le début de la crise économique liée au Covid-19, la Commission européenne a assoupli en mars 2020 les règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance afin que les États membres puissent prendre les mesures économiques nécessaires pour faire face à la situation.

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