Le coût des guerres | Stagflation | Quel pays a le plus grand vignoble du monde ?

Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur le coût des guerres. Nous nous intéressons au temps partiel. Nous vous expliquons ce qu’est la stagflation et nous vous posons une question sur le plus grand vignoble du monde.

Ça compte

EMPLOI

En France, hors Mayotte, les demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) étaient en moyenne près de 3,2 millions au premier trimestre, contre plus de 3,4 millions au quatrième trimestre 2021, selon les données publiées jeudi dernier par la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail. Leur nombre a diminué de 5 % sur le trimestre et de 15,7 % sur un an.

kickerLire la publication de la Dares.
Automobile

Les immatriculations de voitures neuves en France ont chuté de 22,6 % en avril par rapport à avril 2021, selon les chiffres publiés dimanche dernier par la Plateforme automobile (PFA), un groupement professionnel. « Les crises mondiales », comme la pandémie de Covid-19, pour laquelle la Chine connaît actuellement un rebond, la pénurie de semi-conducteurs et la guerre en Ukraine, « se poursuivent et s’ajoutent les unes aux autres pour perturber la production », a déclaré AAA Data, la société qui compile les données pour le compte de PFA.

kickerLire notre dossier sur le rôle des semi-conducteurs dans l’économie.
HUILE DE PALME

Le gouvernement indonésien a déclaré mercredi dernier l’entrée en vigueur d’un embargo sur les exportations d’huile de palme, dont le pays est le premier producteur mondial. Les habitants sont confrontés à une hausse de son prix et même à une pénurie, car les producteurs préfèrent écouler leur production à l’étranger, les cours mondiaux des huiles végétales étant très élevés. Cette hausse des prix est alimentée par la guerre que la Russie mène en Ukraine : les exportations ukrainiennes sont bloquées, alors que ce pays est le premier producteur mondial d’huile de tournesol.

kickerLire l’article de B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e sur le marché des huiles végétales.
AMAZON

L’entreprise américaine de commerce en ligne Amazon a annoncé jeudi dernier avoir enregistré des pertes financières au premier trimestre 2022, pour la première fois depuis 2015. Celles-ci s’élèvent à 3,8 milliards de dollars. Les ventes de l’entreprise ont augmenté de 7 % au premier trimestre, comparé à la même période l’an dernier. Il s’agit de son plus mauvais rythme de croissance en 20 ans.

kickerLire notre dossier de 2020 sur le développement d'Amazon.

On fait le point

Le coût des guerres

Le conflit qui a démarré avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février a entraîné des coûts considérables pour les deux pays et a fortement affecté les économies d’autres pays. Au-delà de leur coût humain, les conflits armés entraînent de très lourdes pertes économiques pour les pays belligérants, tant en raison des dépenses militaires que des destructions occasionnées.

L’actu

L’exécutif américain a annoncé jeudi dernier avoir demandé au Congrès des États-Unis, l’équivalent du Parlement, de débloquer 33 milliards de dollars pour fournir de l’aide, principalement militaire, à l’Ukraine, attaquée sur son sol par l’armée russe depuis fin février. Le président américain, Joe Biden, a déclaré : « Le coût de ce combat n’est pas faible. Mais le prix à payer serait encore plus élevé si nous laissions faire en capitulant face à l’agression. »

Lundi, dans une tribune publiée dans Le Monde, Jean-Marc Thouvenin, l’avocat-conseil de l’Ukraine devant la Cour internationale de justice, le principal organe judiciaire de l’ONU, jugeait que la Russie devrait « payer » la reconstruction de l’Ukraine « qu’elle détruit méthodiquement ». « Cela se compte en dizaines de milliards d’euros », estimait-il.

Dans des prévisions publiées fin avril, le Fonds monétaire international (FMI), un organisme chargé de garantir la stabilité financière mondiale, a estimé que le PIB de l’Ukraine allait se contracter de 35 % en 2022 et celui de la Russie de 8 % par rapport à 2021.

Clin d’œil
L’éclairage
Le financement de la guerre

Une guerre occasionne des dépenses qui excèdent généralement le budget que les pays allouent à leur défense. Il existe plusieurs manières de financer cet effort militaire (soldats, armement, etc.) : durant la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni « a financé la guerre avec 28 % d’impôts, la France et l’Allemagne avec seulement 15 %, le reste du budget étant alimenté par des emprunts à plus ou moins long terme » et par une plus grande émission de monnaie, explique l’historienne économique Laure Quennouëlle-Corre dans un article publié en 2020. Les guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan au début du XXIe siècle « ont été financées par l’endettement », pointait l’économiste Jacques Fontanel dans une publication de 2012. Le Watson Institute for International and Public Affairs, un centre de recherche américain, a estimé à 8 000 milliards de dollars le coût total de ces guerres, dont 1 000 milliards de dollars de paiements d’intérêts.

Les coûts pour les belligérants

L’économie de guerre, qui entraîne la mobilisation des ressources d’un pays pour subvenir à ses besoins militaires, se fait au détriment de ses activités économiques habituelles. « Non seulement la guerre détourne des ressources destinées à de meilleurs usages, mais elle les applique à des entreprises néfastes en termes économiques », comme des bombardements détruisant des capacités de production, pointait Jean Baechler, professeur de sociologie historique, dans un ouvrage de 2016. Les activités agricoles et industrielles sont particulièrement affectées, leur recul entraînant, pour le pays où se déroulent les combats, une chute de la production, des pénuries et du chômage. La guerre peut cependant permettre à certaines industries de se développer, selon l’économiste Éric Bosserelle : « Si la Première Guerre mondiale a laissé un certain nombre de pays exsangues et en ruine », ce conflit « a très fortement stimulé les industries mécanique, électrique, sidérurgique, chimique et automobile », expliquait-il dans un article publié en 2008.

1
point de pourcentage

Le FMI a annoncé fin avril qu’en raison du conflit en Ukraine il avait abaissé d’un point de pourcentage par rapport à son estimation de janvier ses prévisions pour la croissance des « pays avancés » d’Europe en 2022 et de 1,5 point celle des « pays émergents » d’Europe, hors Ukraine et Russie. « Cette guerre porte un coup sévère à la reprise post-Covid en Europe, qui était certes vigoureuse, mais encore partielle », a déclaré l’institution.

Les coûts pour les autres pays

Dans une économie mondialisée, les conséquences d’un conflit s’étendent au-delà des frontières des pays belligérants. Dans un article publié la semaine dernière dans la revue de géopolitique Le Grand Continent, les économistes Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry déclaraient : « Pour l’Europe, la guerre en Ukraine est un choc économique de premier ordre. » « Si les implications budgétaires directes de la prise en charge des réfugiés, de l’augmentation des dépenses militaires et du renforcement de l’autonomie énergétique restent limitées, l’impact de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires sur le revenu national et sa répartition est potentiellement substantiel », soulignaient-ils. Sans être eux-mêmes parties au conflit, certains pays peuvent aussi décider d’apporter leur soutien à l’un des belligérants, sous forme d’aide financière, humanitaire ou militaire.

Après la guerre : la reconstruction

Un conflit armé entraîne souvent de lourdes destructions matérielles, en particulier d’infrastructures, essentielles au bon fonctionnement de l’économie d’un pays et dont la reconstruction est particulièrement onéreuse. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont financé une grande partie de la reconstruction de l’Europe à travers le plan Marshall. « Les préoccupations américaines étaient à la fois de nature économique – l’Europe manquait de dollars et ne pouvait donc pas acheter les matières premières et les équipements nécessaires à sa reconstruction – et politique – la pauvreté de l’Europe occidentale faisait le lit du communisme et de l’influence soviétique », expliquait l’historien Georges-Henri Soutou dans un ouvrage de 2016.

Pour aller plus loin
PERSPECTIVES MACROÉCONOMIQUES

Le site de la revue géopolitique Le Grand Continent a publié la semaine dernière une analyse des économistes Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry sur la guerre en Ukraine. Ils y examinent les conséquences de ce conflit sur les perspectives économiques de l’Europe.

kickerLire l’article.
LE PRIX DE LA PAIX

L’émission de France Culture « Entendez-vous l’éco ? » a consacré en 2019 quatre épisodes à l’économie de la guerre. Dans le dernier, l’économiste Hervé Hutin et le juriste Vinc Denalet Okila s’interrogent sur l’efficacité des processus de reconstruction suivant les conflits.

kickerÉcouter l’émission.

En chiffres

Le temps partiel

En 2021, 18 % des salariés de France métropolitaine hors contrats d’apprentissage, soit pratiquement un sur cinq, travaillaient à temps partiel dans leur emploi principal, selon des données publiées jeudi par la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail. Cette proportion a été quasiment multipliée par trois entre 1975 et 2017 et diminue depuis.

Le recours au temps partiel « est concomitant de l’accélération de l’entrée des femmes sur le marché du travail, mais aussi de la montée du chômage et, en réponse, du déploiement des politiques de l’emploi », explique la Dares. En 2020, la durée habituelle hebdomadaire du travail était de « 23,6 heures pour les salariés à temps partiel, soit 39,8 % de moins que pour les salariés à temps complet », expliquait l’institut national de statistiques Insee dans une publication de juillet 2021.

Les femmes sont nettement plus concernées par cette forme d’emploi que les hommes : plus d’une sur quatre travaille à temps partiel, contre moins d’un homme sur 13, selon la Dares. « Pour les femmes, la propension au temps partiel augmente avec le nombre d’enfants à charge », signalait l’Insee en 2021. En 2020, 42,3 % des femmes salariées ayant au moins trois enfants à charge travaillaient à temps partiel, selon l’organisme.

Le mot dans l’actu

Stagflation

POURQUOI ON EN PARLE.  

Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’institut national des statistiques Insee, a estimé lundi sur BFMTV que les « deux ingrédients » de la stagflation étaient désormais réunis : « Pas beaucoup de croissance et une inflation qui est très élevée. » La croissance du PIB, la production totale de biens et services, a été de 0 % en France au premier trimestre, par rapport au dernier trimestre de 2021, tandis que l’inflation s’est poursuivie atteignant 4,8 % en avril par rapport à avril 2021, selon des estimations de l’Insee publiées vendredi dernier.

EN QUOI ÇA CONSISTE.  

La stagflation, un mot né de la contraction des mots « stagnation » et « inflation », est la combinaison d’une forte inflation (hausse des prix) et d’une faible croissance entraînant une hausse du chômage. Ce terme a été inventé en 1965 par le ministre britannique des Finances Iain Macleod pour décrire la situation économique de son pays.

La stagflation a touché les pays industrialisés à la suite du premier choc pétrolier de 1973. Cette crise a montré les limites de la politique keynésienne, qui jugeait que le chômage et l’inflation ne pouvaient coexister et utilisait l’un pour combattre l’autre, expliquait l’économiste Éric Berr dans son livre « Macroéconomie », publié en 2019. En effet, dans la théorie keynésienne, « un excès d’offre sur le marché du travail » (le chômage) limite la capacité des salariés à obtenir de meilleures rémunérations et réduit l’inflation.

Pour Milton Friedman, le « chef de file des monétaristes, la stagflation est le résultat des politiques keynésiennes de relance menées avec obstination, et sans résultat sinon passager sur le chômage », soulignait Éric Berr. Selon cette théorie, les ménages et les entreprises confrontés à l’inflation finissent par anticiper la hausse des prix et réduisent leur consommation et leurs investissements, provoquant une augmentation du chômage.

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