Coûts du nucléaire | Où a été inventé le timbre ?

Cette semaine, dans Brief.eco, nous nous penchons sur les coûts du nucléaire. Nous nous intéressons à la pauvreté des agriculteurs en France. Nous vous expliquons ce qu’est un NFT et nous vous posons une question sur l’origine du timbre-poste.

Ça compte

FISCALITÉ

France Stratégie, un organisme d’études qui dépend du Premier ministre, a publié jeudi dernier un rapport selon lequel la réforme de la fiscalité adoptée en 2018 n’a pas favorisé les investissements ni permis comme escompté de diminuer les dividendes réclamés par les actionnaires. Cette réforme a supprimé l’impôt sur la fortune (ISF) et a instauré une « flat tax », qui consiste à appliquer un taux unique de prélèvement aux revenus du capital (dividendes, plus-values). Dans son programme présidentiel de 2017, Emmanuel Macron estimait que l’ISF frappait « lourdement l’investissement » et poussait certains actionnaires à « exiger des dividendes trop importants avec pour seule fin de payer leur ISF ».

kickerLire le rapport de France Stratégie.
ÉNERGIE

Le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, a déclaré lundi que le « bouclier tarifaire » sur les tarifs réglementés de vente d’électricité entraînerait une perte de recettes fiscales de 5,1 milliards d’euros en 2022. Le Premier ministre, Jean Castex, avait annoncé fin septembre que la hausse de ces tarifs serait limitée à 4 % début 2022 grâce à une baisse de taxe. Selon les amendements déjà votés, le déficit budgétaire s’élèvera à plus de 148 milliards d’euros l’an prochain.

kickerVoir la hausse des factures d’énergie en graphiques dans Ouest-France.
DOCTOLIB

L’entreprise française de prise de rendez-vous médicaux en ligne Doctolib a annoncé jeudi dernier l’acquisition de Dottori.it, une plateforme italienne exerçant la même activité. Elle prévoit de recruter 500 personnes en Italie et d’y investir 250 millions d’euros « dans les années à venir ». Créé en 2013, Doctolib, qui se présente comme le numéro un de la « e-santé » en Europe, est déjà présent en France et en Allemagne.

FACEBOOK

Le réseau social américain Facebook a annoncé lundi qu’il allait créer en cinq ans 10 000 nouveaux emplois dans l’UE pour travailler sur le « métavers ». Cet univers encore balbutiant, où la réalité virtuelle et la réalité augmentée permettent de réaliser des actions réelles, comme faire des achats ou participer à une visioconférence, intéresse de plus en plus les grandes entreprises numériques. Selon Facebook, une collaboration entre les entreprises et les décideurs politiques sera nécessaire pour « donner vie » au « métavers ».

On fait le point

Les coûts du nucléaire

Le nucléaire est l’un des secteurs concernés par le plan d’investissement d’avenir présenté par Emmanuel Macron. Cette énergie qui fournit la majorité de l’électricité produite en France coûte de plus en plus cher, mais présente un bilan carbone avantageux.

L’actu

Emmanuel Macron a présenté la semaine dernière le plan « France 2030 » qui consiste à investir 30 milliards d’euros en cinq ans, essentiellement dans l’industrie. L’une des priorités est de développer des petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), qui représentent un coût d’investissement moindre par rapport aux grandes centrales nucléaires.

Les SMR ont une puissance comprise entre 50 et 500 mégawatts électriques (MWe) contre 900 à 1 450 MWe pour les réacteurs français actuellement en service, explique sur son site le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), un organisme public. Les différentes parties de ces réacteurs sont conçues pour être fabriquées en série en usine, puis assemblées sur les sites de production d’électricité.

Fin 2020, 442 réacteurs nucléaires étaient opérationnels dans le monde, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, une agence de l’ONU. Ils ont fourni près de 10,2 % de l’électricité produite dans le monde en 2020. La même année, les 56 réacteurs en activité en France ont fourni 67,1 % de l’électricité produite dans le pays, selon RTE, le gestionnaire du transport d’électricité haute tension.

Clin d’oeil
L’éclairage
Le coût du MWh

Le coût du nucléaire varie selon les critères retenus. En France, le coût « cash » de l’énergie nucléaire était par exemple estimé en 2017 à 33 euros le mégawattheure (MWh) par la Société française d’énergie nucléaire (Sfen), une association scientifique soutenant cette industrie. Le coût « cash » inclut les dépenses de combustible, d’exploitation et de maintenance, les coûts liés à la gestion des déchets et au futur démantèlement des centrales ainsi que le coût des investissements actuels et futurs. Il exclut celui des investissements passés [PDF], contrairement au coût courant économique (CCE) qui l’inclut. La Cour des comptes, chargée du contrôle de la dépense publique, avait estimé en 2014 le CCE du MWh à 59,80 euros. Les retards et les surcoûts du réacteur EPR (de nouvelle génération) en construction à Flamanville (Manche) donnent lieu à un CCE prévu en 2020 par la Cour des comptes entre 110 et 120 euros du MWh pour ce projet.

Un coût qui progresse

En France, le coût de l’électricité nucléaire progresse en raison de la hausse des coûts liés à la gestion des déchets, aux futurs démantèlements et aux investissements de maintenance. L’entreprise EDF, qui exploite l’intégralité des réacteurs nucléaires en France, doit investir jusqu’en 2033 de fortes sommes pour prolonger leur durée de vie, initialement prévue pour 40 ans, et améliorer leur sûreté. Parallèlement, le coût de l’électricité issue des énergies renouvelables baisse. En 2018, le coût de production d’un MWh allait de 50 à 71 euros pour l’éolien terrestre et de 45 à 81 euros pour les centrales photovoltaïques au sol, selon une étude de l’Ademe [PDF], un établissement public. Ce coût n’est pas tout à fait comparable à celui du MWh nucléaire calculé par la Cour des comptes, car contrairement au CCE, il n’intègre pas le coût du démantèlement futur des installations. Les fourchettes sont larges, car elles dépendent de la localisation des équipements et de leur qualité.

1,4
milliard d’euros

Dans une étude publiée en 2019, la Cour des comptes estimait que les investissements sur les principaux sites de stockage des déchets nucléaires s’élèveraient au total « à près de 1,4 milliard d’euros entre 2018 et 2030 » puis augmenteraient « de près d’un milliard et demi d’euros supplémentaires entre 2030 et 2050 ». Ces investissements avaient représenté 255 millions d’euros entre 2014 et 2017. Le nucléaire engendre la production de déchets radioactifs, qui doivent être stockés sous terre ou en surface.

La question des gaz à effet de serre

Pour produire de l’électricité, un réacteur nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre. Cependant, la construction et le démantèlement des centrales sont émetteurs de gaz à effet de serre, au même titre que l’extraction et le transport des matières premières. En tenant compte de l’ensemble du cycle de vie, le nucléaire a une émission médiane (une moitié des émissions sont supérieures, l’autre moitié sont inférieures) de 12 g d’équivalent CO2 par kWh, un niveau nettement inférieur à celle des centrales au gaz (490 g) et à celle des centrales à charbon (820 g), selon une étude publiée en 2018 [PDF] par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) mis en place par l’ONU. Il émet même moins de gaz à effet de serre que le photovoltaïque (48 g) et à peine plus que l’éolien terrestre (11 g).

Le combustible nucléaire

Le combustible qui alimente les réacteurs nucléaires est fabriqué à partir d’uranium naturel. Pour le marché français, ce minerai est importé par l’entreprise française Orano (ex-Areva), qui exploite des gisements au Canada, au Kazakhstan et au Niger. Elle doit ensuite le transformer en un combustible nucléaire. Les importations d’uranium naturel coûtent chaque année entre 500 millions et 1 milliard d’euros, selon la Sfen. Le combustible nucléaire représente 15 % du coût « cash » de l’énergie nucléaire, dont un tiers est lié au coût de l’uranium naturel, selon Orano.

Le coût du démantèlement

En France, plusieurs installations nucléaires ont été arrêtées : des réacteurs d’EDF, des sites de fabrication de combustible d’Orano et des unités de recherche du CEA. Dans une étude publiée en 2020, la Cour des comptes constatait qu’entre 2013 et 2018, les devis correspondant aux démantèlements en cours avaient fortement augmenté. En 2020, la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) est la première à avoir été fermée dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) mise en place par les pouvoirs publics pour guider la transition énergétique en France. La PPE prévoit de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 % de la production d’électricité du pays d’ici 2035.

Pour aller plus loin
COÛTS DÉTAILLÉS

Dans un article publié en 2018 dans la revue pédagogique Reflets de la physique, l’ingénieure Anne-Sophie Dessillons présente les coûts de production de l’électricité nucléaire selon la méthode CCE. Elle prend en compte l’impact de l’allongement de la durée de vie des centrales ainsi que le coût d’un éventuel accident.

kickerLire l’analyse [PDF].
STOP OU ENCORE

Dans un article présentant les méthodes de travail du Giec, Libération explique que ce comité d’experts ne préconise pas d’accroître la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial. Il ne formule pas de recommandations, mais étudie 90 scénarios permettant de contenir le réchauffement climatique. La plupart prévoient une hausse de la part du nucléaire, certains une baisse.

kickerLire l’article.

En chiffres

La pauvreté des agriculteurs en France

En France, en 2018, 18 % des ménages dans lesquels au moins un membre était agriculteur exploitant vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 13 % de l’ensemble des ménages ayant des revenus d’activité, selon une étude publiée la semaine dernière par l’institut national de statistiques Insee. Le seuil de pauvreté, qui s’élevait en 2018 à 13 000 euros par an pour une personne seule, représente 60 % du revenu disponible (après impôt) médian des Français. Le revenu médian signifie qu’il y a autant de personnes gagnant plus et gagnant moins.

Le taux de pauvreté varie selon la production agricole : il s’élève à 13,4 % pour les viticulteurs et à 25,5 % pour les éleveurs d’ovins et de caprins. Les agriculteurs qui exploitent de grandes cultures combinant plusieurs productions (céréales, plantes oléagineuses et protéagineuses, etc.) sont ceux qui présentent le taux de pauvreté le plus bas (10,8 %).

Mesuré en conditions de vie, le taux de pauvreté des ménages agricoles est deux fois moindre que celui de la population (6,1 % contre 11,7 %). Selon cette approche, sont considérés comme pauvres ceux qui subissent « au moins 8 privations parmi une liste de 27 possibles », dans les domaines du logement, de l’achat de certains produits ou du paiement des factures d’énergie, précise l’Insee. L’Insee note que les ménages agricoles sont plus souvent propriétaires de leur logement et qu’ils peuvent intégrer certaines factures d’électricité et de gaz dans leurs dépenses professionnelles.

Le mot dans l’actu

NFT

POURQUOI ON EN PARLE.  

L’entreprise américaine de vente aux enchères Sotheby’s a annoncé jeudi dernier le lancement de « Sotheby’s Metaverse », une plateforme internet qui permet aux collectionneurs d’art numérique d’acquérir des NFT.

EN QUOI ÇA CONSISTE.  

Un NFT, pour « non-fungible token » soit en français « jeton non fongible », est un jeton cryptographique qui est associé à un objet numérique tel qu’une photographie, une vidéo, une armure dans un jeu vidéo ou une œuvre d’art numérique. Il s’apparente à un certificat d’authenticité, ce document qui permet dans le monde physique d’attribuer une œuvre à un artiste. Le caractère non fongible du jeton signifie que chaque jeton est unique. Ce n’est pas le cas d’autres actifs numériques comme le bitcoin qui est fongible et peut être remplacé par n’importe quel autre bitcoin.

L’unicité du NFT est garantie par le fait qu’il est référencé dans une blockchain, un registre dématérialisé dans lequel sont enregistrées les transactions effectuées entre les utilisateurs d’un réseau. Cette caractéristique intéresse le monde de l’art : en vendant son œuvre numérique avec un NFT, l’artiste peut garantir à l’acheteur qu’il est en possession d’un original. Les collectionneurs peuvent les acheter, mais aussi les revendre. Les NFT permettent ainsi de conférer de la rareté à des œuvres numériques facilement duplicables.

Les NFT ne se résument pas aux œuvres d’art : parmi les NFT déjà vendus figurent par exemple le premier tweet de Jack Dorsey, le fondateur du réseau social Twitter, ou un article publié par un journaliste du New York Times.

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