L’évolution de l’industrie du cinéma

Amazon vient de finaliser l’acquisition du studio MGM. L’industrie du cinéma a connu de multiples évolutions depuis sa création qui se sont accélérées avec l’arrivée des plateformes de vidéos en ligne.

L’actu

L’entreprise américaine Amazon a annoncé jeudi dernier avoir finalisé l’acquisition du studio américain Metro Goldwyn Mayer (MGM) pour 8,45 milliards de dollars (environ 7 milliards d’euros). Amazon récupère ainsi le catalogue de MGM, composé de plus de 4 000 films, dont la franchise « James Bond », et de plus de 17 000 épisodes de séries télévisées.

Annoncé en mai 2021, ce rachat était conditionné à l’accord de plusieurs régulateurs, dont la Commission européenne, qui a pour mission d’apprécier les fusions et les acquisitions entre entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse certains seuils. Elle a autorisé le 15 mars cette opération, estimant qu’elle « ne poserait aucun problème de concurrence » sur le territoire européen. L’autorité américaine de la concurrence, la FTC, avait jusqu’au 15 mars pour s’opposer au rachat, ce qu’elle n’a pas fait, validant ainsi l’acquisition.

Créé en 1924 aux États-Unis, MGM est une société de divertissement qui produit et distribue des contenus audiovisuels à l’échelle mondiale. Amazon est une multinationale présente dans divers secteurs, dont le commerce électronique et les services technologiques. Il s’est lancé dans la production de contenus audiovisuels en 2010 avec Amazon Studios puis dans le marché de la vidéo à la demande sur abonnement (SVOD) en 2016 avec sa plateforme Prime Video.

Clin d’œil
L’éclairage
Un modèle industriel

Peu après sa création, à la fin du XIXe siècle, le cinéma acquiert une organisation industrielle : il produit de nombreuses copies d’un film pour les diffuser auprès d’un large public. À l’origine fondé sur la diffusion en salles, son modèle économique évolue après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la télévision commence à arriver dans les foyers. Elle acte « l’entrée du cinéma dans une deuxième ère : la séparation d’un contenu – le film – et de son support d’origine – la salle – au profit d’une multitude de canaux et d’acteurs de distribution et diffusion », écrivaient les chercheurs Philippe Chantepie et Thomas Paris dans un ouvrage publié en 2021. Apparaît alors l’idée d’une « chronologie des médias », un système qui consiste à définir l’ordre et les délais dans lesquels un film est exploité au cinéma et à la télévision. La chronologie des médias s’étoffe avec l’apparition des cassettes puis des DVD, des chaînes payantes et des plateformes de vidéos à la demande. Elle repose sur des pratiques contractuelles aux États-Unis (les studios s’organisent librement) et suit des réglementations dans l’UE.

Une incertitude qui se réduit

Les industries créatives telles que le cinéma sont régies par le principe du « personne ne sait », écrivait l’économiste américain Richard Caves dans un ouvrage publié en 2002. Ce principe signifie que nul n’est en mesure de prévoir le succès d’un film et donc les revenus qu’il générera. Pour réduire cette incertitude, les grands studios lancent de multiples projets, leur permettant d’amortir de nombreux échecs avec quelques réussites. Ils développent également des systèmes de franchise octroyant le droit de créer de nouveaux épisodes d’un film ayant déjà rencontré un succès commercial. Le public est déjà identifié, ce qui réduit le principe du « personne ne sait ». La franchise permet aussi de développer des produits dérivés (jeux vidéo et objets tels que montres, parapluies, stylos, etc.), ce qui accroît les revenus tirés d’un film. Les plateformes telles que Netflix et Prime Video sont moins soumises au principe du « personne ne sait » grâce aux multiples données qu’elles collectent sur leurs utilisateurs et la manière dont ils consomment des films.

1,3
milliard d’abonnements

En 2021, les plateformes de vidéo à la demande par abonnement telles que Netflix, Prime Video et Disney+ comptaient 1,3 milliard d’abonnements dans le monde, selon les données [PDF] de MPAA, une association américaine qui réunit les six plus grandes sociétés de production cinématographique du pays.

Un retour du « studio system »

Le « studio system » désigne le modèle apparu dans les années 1920 à Hollywood, aux États-Unis. De grands studios tels que MGM, Paramount et Warner Bros émergent en contrôlant toutes les activités liées à l’industrie du cinéma, depuis la production jusqu’à la diffusion dans des salles dont ils sont propriétaires et à qui ils réservent leurs films. Ces studios forment un oligopole, soit un marché caractérisé par un petit nombre de vendeurs en face d’une multitude d’acheteurs. En 1948, la Cour suprême des États-Unis juge ces pratiques anticoncurrentielles ; les studios sont contraints de se séparer de leurs salles. Dans leur ouvrage, Philippe Chantepie et Thomas Paris expliquent que les plateformes proposent, comme le « studio system », des contenus exclusifs. Mais si les spectateurs pouvaient jadis accéder à toutes les salles de cinéma (moyennant un ticket), ils doivent désormais acquitter plusieurs abonnements en ligne pour bénéficier de la même liberté.

La régulation par l’État

De nombreux États tels que la France régulent l’industrie du cinéma, c’est-à-dire qu’ils adoptent des mesures législatives et réglementaires pour encadrer son activité. Les premières mesures ont été prises après la Première Guerre mondiale lorsque plusieurs pays ont instauré des restrictions à l’importation de films étrangers, en particulier américains. Leur objectif était de protéger et de stimuler leurs productions nationales, défendant ainsi leur culture, face à la concurrence étrangère. En France, la chronologie des médias est réglementée depuis une loi adoptée en 1982 afin de préserver le cinéma face à la concurrence de la télévision et des cassettes vidéo. Selon un nouvel accord adopté en janvier, les plateformes payantes par abonnement ont désormais la possibilité de diffuser un film entre 15 et 17 mois après sa sortie en salle, contre 36 mois précédemment.

Pour aller plus loin
FRANCHISE

Dans un article publié en 2020 sur le site de la Web-revue des industries culturelles et numériques, une publication universitaire, la doctorante en cinéma Tara Lomax se penche sur l’essor du système de la franchise. Rappelant que les dix films ayant généré le plus de revenus dans les années 2010 étaient tous des franchises, elle analyse les raisons de leur succès.

kickerLire son analyse.
CRÉATIVITÉ DES PLATEFORMES

Sur le site The Conversation, un média publiant des articles d’universitaires, la chercheuse Valéry Michaux estime que les plateformes ne sont pas en train de « tuer le cinéma », mais au contraire « de créer les conditions » permettant sa « réinvention ». Elle rappelle que Netflix a financé plusieurs films d’auteur qui n’auraient pas vu le jour sans son intervention.

kickerLire son article.

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