Inflation et salaires

En raison des effets de la pandémie de Covid-19, les augmentations de salaire ont ralenti cette année en France. Dans le même temps, l’inflation a accéléré, ce qui n’est pas sans conséquence sur le pouvoir d’achat des salariés.

L’actu

Le Premier ministre, Jean Castex, a reçu en fin de semaine dernière les partenaires sociaux (les syndicats de salariés et d’employeurs). Il a abordé avec eux plusieurs sujets, dont celui des rémunérations. La hausse des salaires figure en tête des revendications des syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires pour la journée d’action à laquelle ils appellent le 5 octobre.

Cette année, près de 45 % des salariés « n’ont pas connu d’évolution de leur salaire de base » et « près de 30 % ont vu leur salaire augmenter de moins de 2 % », précise le cabinet d’études Deloitte dans une note publiée la semaine dernière. Il prévoit dès 2022 « un retour progressif aux budgets d’augmentations d’avant-crise sanitaire », mais « dans un contexte d’inflation plus fort ».

En France, l’inflation a atteint 1,9 % sur un an à fin août, selon une estimation provisoire publiée le 31 août par l’institut national de statistiques Insee. Elle était de 3 % sur un an à fin août dans la zone euro, selon l’institut européen de statistiques Eurostat, et de 5,4 % sur un an à fin juillet aux États-Unis, selon le Bureau des statistiques du travail, une agence publique américaine.

Clin d’œil
L’éclairage
Les causes de l’inflation

L’inflation correspond à une augmentation générale et durable des prix. Elle se traduit par une perte du pouvoir d’achat de la monnaie. Ainsi, avec un taux d’inflation de 2 % par an, une baguette à 1 euro coûtera 1,02 euro après un an. Un seul euro ne vous permet plus d’acheter cette baguette ; la monnaie a perdu de sa valeur. L’inflation peut avoir différentes causes, comme une hausse de la demande – si l’offre ne suffit pas à y répondre, les prix augmentent. Elle peut également être d’origine monétaire. Selon l’économiste américain Milton Friedman (1912-2006), l’inflation évolue toujours en fonction de la quantité de monnaie en circulation, déterminée par le montant des crédits accordés par les banques. Ainsi, pour maîtriser l’inflation, il suffit de limiter la quantité de monnaie, comme peuvent le faire les banques centrales. Dans une étude publiée en juillet, l’Insee attribue l’inflation actuelle à « la hausse des cours des matières premières ».

Le salaire réel

Le salaire figurant sur la fiche de paie est le salaire nominal. Il est donné en prix courants et ne reflète pas l’évolution du pouvoir d’achat du salarié. Pour mesurer ce dernier, il faut calculer le salaire à prix constants, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation. Prenons l’exemple de Louise qui gagnait 1 500 euros par mois en 2020. Si l’inflation est de 2 % en 2021, elle doit gagner 1 530 euros pour s’offrir ce qu’elle pouvait s’acheter avec 1 500 euros l’année précédente. Ainsi, malgré une augmentation de 1 % en 2021 se traduisant par un salaire nominal de 1 515 euros par mois, Louise a vu son salaire réel, calculé en déduisant le taux d’inflation, baisser de 1 %. Dans une note publiée le 30 août, l’économiste français Patrick Artus écrit que dans les 38 pays de l’OCDE, qui sont parmi les plus industrialisés du monde, il y a depuis la reprise de l’inflation cette année « une forte baisse des salaires réels ».

1,2 %
d’augmentation

En 2019, en France, le salaire net moyen a augmenté de 2,3 % en euros courants et le salaire réel moyen a progressé de 1,2 % (après +0,4 % en 2018), selon une étude de l’Insee publiée en juin. La situation a évolué depuis : le cabinet international de conseil Korn Ferry prévoit que le salaire réel baissera de 0,2 % en France cette année. En 2019, un salarié du secteur privé gagnait en moyenne 2 424 euros nets par mois en équivalent temps plein.

La désindexation des salaires

En France, jusqu’en 1982, les partenaires sociaux se rencontraient chaque trimestre pour augmenter les salaires en fonction de l’inflation constatée lors des deux derniers mois et de celle anticipée pour le mois suivant. Entre 1974 et 1982, le taux d’inflation s’élevait en moyenne à 11 % par an. « Cette hausse mécanique des salaires se reportait ensuite sur les prix », explique l’historien Georges Saunier sur le site de la Fondation Jean Jaurès, une fondation politique. En septembre 1982, le gouvernement met fin à cette indexation des salaires. Alors que l’inflation s’élevait à 13,4 % en 1981, elle atteint 5,8 % en 1985 et 3,4 % en 1990, selon l’Insee. Aujourd’hui, le Smic est en France la seule rémunération en partie automatiquement revalorisée selon l’inflation. Parmi les pays qui pratiquent encore l’indexation des salaires figurent la Belgique et le Luxembourg.

La boucle prix-salaires

Entre 2013 et 2019, l’inflation a été en moyenne inférieure à 1 % par an en France et dans la zone euro et proche de 1,5 % par an aux États-Unis, selon les données de l’OCDE. Or la plupart des banques centrales recommandent un taux d’inflation annuel proche de 2 %. Dans une étude publiée en 2018, l’Insee estime que « le faible dynamisme des salaires » en France et aux États-Unis est « le principal facteur d’explication du ralentissement de l’inflation observé ces dernières années ». À l’inverse, l’actuelle augmentation des prix peut-elle relancer la hausse des salaires ? Dans une autre étude publiée en juillet, l’Insee affirme que « la boucle prix-salaires ne semble pas s’enclencher pour le moment ». Cette boucle est définie comme une hausse des prix de consommation qui conduit à des revalorisations salariales, qui augmentent à leur tour les coûts de production et par conséquent les prix de consommation, et ce pour l’ensemble des produits. Dans une note publiée le 26 août, Patrick Artus affirme lui aussi qu’il « n’y a plus de boucle prix-salaires » en raison de « la perte de pouvoir de négociation des salariés ».

Pour aller plus loin
TYPES D’INFLATION

Dans un article pédagogique, Le Monde politique, un site destiné à fournir gratuitement des cours dans différentes matières, explique ce qu’est l’inflation et en présente les différents types.

kickerLire l’article.
INDEXATION DES SALAIRES

Interrogé en juin par RTL Belgique, l’économiste Philippe Defeyt remarque qu’entre 2010 et 2020, le salaire moyen a progressé moins vite en Belgique qu’en Allemagne, où l’indexation des salaires est interdite par la loi. Il met en avant le rôle important joué par les syndicats en Allemagne ainsi que la « norme salariale » en Belgique, un outil légal qui vise à limiter les hausses de salaire au-delà de l’inflation.

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