Le transport maritime

Un porte-conteneurs a bloqué pendant plusieurs jours la navigation du canal de Suez, en Égypte, où transitent chaque année 10 % du commerce mondial de marchandises. Le transport maritime a joué un rôle majeur dans la mondialisation, grâce à des navires spécialisés et des ports dont la fonction a évolué.

L’actu

L’Autorité du canal de Suez, une autorité publique égyptienne, a annoncé mardi la reprise de la navigation sur le canal de Suez, en Égypte, après la remise à flot d’un porte-conteneurs, long de 400 mètres et large de 59 mètres, qui bloquait le passage des autres navires. Ce cargo de l’armateur taïwanais Evergreen s’était échoué sur les bords du canal mercredi dernier.

Près de 450 navires attendaient de pouvoir traverser le canal, selon le site de visualisation du trafic maritime VesselFinder. L’assureur allemand Allianz a calculé que chaque jour d’immobilisation « pourrait coûter entre 6 et 10 milliards de dollars au commerce mondial ».

Le canal de Suez voit passer chaque année près de 10 % du commerce mondial de marchandises, selon le Trésor, un département du ministère de l’Économie.
Près de 19 000 navires ont traversé le canal en 2019, dont une cinquantaine en moyenne par jour, selon l’Autorité du canal de Suez.

Clin d’oeil
L’éclairage
L’un des principaux vecteurs de la mondialisation

Le Fonds monétaire international, un organisme chargé de garantir la stabilité financière mondiale, définit la mondialisation comme « l’interdépendance économique croissante de l’ensemble des pays du monde, provoquée par l’augmentation du volume et de la variété des transactions transfrontières de biens et de services, ainsi que des flux internationaux de capitaux, en même temps que par la diffusion accélérée et généralisée de la technologie ». Le transport maritime a été « le facteur clé de la mondialisation » [PDF] « en accompagnant la croissance des échanges internationaux et en contribuant à redessiner l’espace productif mondial », explique le géographe français Antoine Frémont dans un article publié en 2019. Il favorise, pour une même entreprise, le fait de scinder les fonctions de conception, de production des composants, d’assemblage et de les répartir dans différents pôles. Le transport maritime représente aujourd’hui 90 % du commerce international en volume, selon le Trésor, une branche du ministère de l’Économie.

La spécialisation des navires

Les navires se sont spécialisés à partir de la seconde moitié du XIXe siècle en fonction des marchandises à transporter : les pétroliers pour le pétrole, les vraquiers pour les céréales, le charbon ou encore les minéraux et les porte-conteneurs pour tout type de marchandise. Inventé en 1956 par l’entrepreneur américain Malcolm McLean, le conteneur est une boîte standardisée correspondant au gabarit des remorques routières et permettant l’acheminement de marchandises. Cette évolution s’est accompagnée d’une augmentation de la taille des navires. L’économiste britannique Martin Stopford explique dans un article publié en 2010 que l’augmentation de la taille des navires et l’amélioration de leur efficacité a entraîné une baisse significative du coût du transport.

11
milliards de tonnes de marchandises

Les navires de commerce ont transporté 11 milliards de tonnes de marchandises en 2019, soit deux fois plus qu’il y a 20 ans, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) publié en novembre 2020.

L’essor des routes maritimes

Les navires de commerce empruntent des routes maritimes reliant les pôles de production et les zones de consommation. L’expansion du commerce a « profondément marqué la géographie maritime », explique l’économiste française Françoise Nicolas, dans un article publié en avril 2020. Selon elle, « les routes se sont déplacées et amplifiées pour coller aux besoins des producteurs et des consommateurs ». Des travaux ont permis d’agrandir le canal de Suez en 2015 et le canal de Panama en 2016 pour qu’ils puissent accueillir des navires plus larges.

Les ports, nouvelles plateformes logistiques

Les ports se sont adaptés à l’évolution du commerce international. Ils « n’apparaissent plus comme de simples lieux de passage obligés, mais comme des lieux à forte valeur ajoutée en devenant des centres de transport intégrés et des plateformes logistiques pour le commerce international », explique l’économiste français Thierry Morvan dans un article publié en 2014. Il estime que les ports combinent « à la fois des délais et des coûts “raisonnables” avec des niveaux élevés de qualité de service et de flexibilité ».

L’impact écologique du transport maritime

Début 2020, la flotte mondiale comptait 98 140 navires de commerce, selon la Cnuced. La plupart utilisent comme carburant le fioul lourd, un résidu de pétrole, très polluant. Les émissions de gaz à effet de serre dues au transport maritime représentaient 2,9 % du total des émissions dans le monde en 2018, selon un rapport de l’Organisation maritime internationale publié en août 2020. Cette institution spécialisée de l’ONU a adopté en 2018 un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour l’ensemble des transports maritimes internationaux d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 2008. Le réchauffement climatique a rendu possible l’ouverture d’une nouvelle voie maritime dans le Nord grâce à la fonte des glaces en Arctique, même si le trafic reste pour l’instant limité.

Pour aller plus loin
DÉMONDIALISATION

Faut-il réguler le transport maritime face à l’explosion du trafic et de la pollution qu’il induit ? C’est à cette question qu’ont répondu les invités de l’émission « Du grain à moudre » sur France Culture.

kickerÉcouter l’émission.
CONTENEUR

Dans une vidéo de moins cinq minutes, le programme DataGueule raconte comment est venue l’idée du conteneur, quel a été son impact sur le commerce mondial et détaille les itinéraires des porte-conteneurs, sans oublier l’impact écologique des navires.

kickerVoir la vidéo.

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