Les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis

Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, Joe Biden, a été déclaré vainqueur samedi. Les dirigeants européens espèrent renouer une relation forte avec les États-Unis, notamment commerciale. Anciens et solides, les liens économiques entre les deux puissances sont également marqués par des différends.

L’actu

Joe Biden, 77 ans, est le président élu des États-Unis. Le candidat démocrate a été donné vainqueur samedi par les médias américains, quatre jours après le scrutin. Il sera investi le 20 janvier. Le président sortant, le Républicain Donald Trump, n’a toujours pas reconnu sa défaite.

Peu après l’annonce des résultats, Emmanuel Macron a félicité Joe Biden et la vice-présidente élue, Kamala Harris. Il a déclaré que la France et les États-Unis avaient « beaucoup à faire pour relever les défis d’aujourd’hui ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré avoir « hâte de travailler avec le président élu Biden », ajoutant que l’UE et les États-Unis étaient « des amis et des alliés ».

Jeudi dernier, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, avait affirmé que cette élection ne changerait « pas grand-chose » pour les intérêts commerciaux de l’UE, les États-Unis n’étant « plus un partenaire amical des Européens depuis de nombreuses années » et étant parfois même « en confrontation » lorsqu’ils appliquent à l’Europe « des sanctions » commerciales.

Clin d’oeil
L’éclairage
Les échanges entre les États-Unis et l’UE

L’UE et les États-Unis sont l’un pour l’autre le premier partenaire commercial. Ces relations économiques se sont consolidées grâce à des accords bilatéraux et malgré l’absence d’accord global de libre-échange. En 1990, les États-Unis et la CEE, l’ancêtre de l’UE, signent la « Déclaration transatlantique » dans laquelle ils s’engagent à renforcer leurs liens commerciaux, ce qu’ils font ensuite lors de sommets réguliers. En 2013, ils commencent la négociation de l’accord de libre-échange Tafta (ou TTIP) pour abaisser les droits de douane – encore élevés sur certaines marchandises – et réduire les formalités administratives. Les discussions s’arrêtent en 2016 en raison de l’opposition de plusieurs États membres, dont la France, puis de celle du nouveau président américain, Donald Trump.

L’équilibre des échanges

Pendant son mandat, Donald Trump a critiqué à plusieurs reprises le déficit commercial enregistré par les États-Unis vis-à-vis de l’UE, c’est-à-dire le fait que les importations de produits et de services européens excèdent les exportations de produits et de services américains. En 2017, ce déficit s’élevait à plus de 117 milliards d’euros, selon une étude publiée en 2019 par la Banque de France, la banque centrale française. Les entreprises peuvent aussi implanter des filiales à l’étranger pour produire et vendre directement sur place. Ces filiales procurent à leur pays d’origine des revenus (dividendes, bénéfices non distribués, intérêts sur des emprunts intragroupes), appelés revenus d’investissements directs (ID). Dans son étude, la Banque de France note que les filiales américaines installées dans l’UE ont généré en 2017 davantage de revenus d’ID que les filiales européennes installées aux États-Unis. Elle conclut qu’en prenant en compte l’ensemble des échanges, les relations économiques sont « quasi équilibrées avec un excédent d’à peine 1,5 milliard pour l’UE ».

3 %
Niveau moyen des droits de douane

Les droits de douane appliqués par l’UE aux produits américains entrant sur son sol représentent en moyenne 3 % de leurs prix, un niveau équivalent aux droits de douane appliqués en moyenne par les États-Unis aux produits européens, selon un rapport publié en juin par la Commission européenne. Ces droits de douane sont pour la plupart fixés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une institution de régulation des échanges internationaux, tandis que d’autres font l’objet d’accords bilatéraux. Certaines marchandises ne sont pas taxées quand d’autres le sont à des taux bien plus élevés.

Hausse des droits de douane

Donald Trump a augmenté les droits de douane sur l’acier et l’aluminium importés depuis l’UE en juin 2018, puis sur d’autres produits tels que des vins et spiritueux, des fromages ou des articles textiles en octobre 2019. Dans un article publié en 2018 en France, l’économiste Patrick Allard estime que cette stratégie ne relève pas du protectionnisme, mais applique la théorie du tarif douanier optimal, dont les bases ont été posées par l’économiste irlandais Francis Ysidro Edgeworth dans un article publié en 1894. Enrichie depuis par de nombreux économistes, cette théorie stipule qu’un pays, s’il est une grande puissance importatrice, peut imposer des droits de douane élevés par exemple pour inciter à la relocalisation d’industries sur son territoire ou pour forcer l’ouverture des marchés de ses partenaires. Selon Patrick Allard, les mesures prises par Donald Trump « visaient expressément à obtenir des concessions en termes d’ouverture » des marchés européens.

Domination américaine

Des différends ont opposé les États-Unis et l’UE bien avant l’élection de Donald Trump, comme l’illustrent plusieurs affaires portées devant l’Organisation mondiale du commerce. Cette dernière a par exemple autorisé en 1999 les États-Unis à sanctionner l’UE pour son refus d’importer de la viande bovine aux hormones. Après des plaintes déposées en 2004 par les deux parties au sujet des aides publiques versées aux constructeurs aéronautiques Boeing et Airbus, l’OMC les a autorisées récemment à relever leurs droits de douane à hauteur de plusieurs milliards de dollars par an pour y répondre. Dans une étude publiée en 2017 [PDF], l’École de guerre économique, un établissement d’enseignement supérieur français, estime que le « nationalisme économique » prôné par Donald Trump « ne constitue en rien une nouveauté». Elle recense les différents outils dont se sont dotés les États-Unis pour maintenir leur « domination économique », tels que la création en 1999 d’In-Q-Tel, un fonds dédié à l’acquisition des entreprises dont la technologie est susceptible de servir les intérêts américains.

Pour aller plus loin
FRANCE ET ÉTATS-UNIS

Dans une étude publiée en octobre, la direction générale du Trésor, une branche du ministère de l’Économie, présente « la relation économique profonde » entre la France et les États-Unis. Le Texas est le premier exportateur de biens vers la France, principalement de produits énergétiques, tandis que l’État de New York et la Californie sont les deux principaux importateurs de biens français.

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COMPÉTITION ET DÉFIANCE

Dans un article publié en avril sur le site de l’administration française Vie-publique.fr, les chercheurs Célia Belin et Quentin Lopinot reviennent sur la construction européenne et le soutien « ambivalent » que les États-Unis lui ont apporté. Ils évoquent aussi les « épisodes de guerre commerciale » qui ont opposé les deux puissances, par exemple sur l’agriculture, les OGM et le secteur audiovisuel.

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