Inflation et emploi

La banque centrale des États-Unis a assoupli ses règles concernant l’inflation pour donner la priorité à l’emploi. Les liens entre inflation et emploi sont étudiés depuis les années 1960.

L’actu

Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, a présenté jeudi dernier la nouvelle politique de son institution. La banque centrale ne modifie pas son objectif d’inflation, fixé à 2 %, mais elle accepte désormais que l’inflation dépasse « modérément » ce plafond « pendant quelques temps ».

Cette évolution vise à soutenir le marché du travail et l’activité économique. Le taux d’inflation s’établit en moyenne à 1,4 % depuis 2012 aux États-Unis, selon les données du Bureau of Economic Analysis, une agence publique américaine.

La Réserve fédérale poursuit trois objectifs – la stabilité des prix, le plein emploi et des taux d’intérêt à long terme modérés – tandis que la Banque centrale européenne (BCE) se limite à un seul objectif – la stabilité des prix.

Clin d’oeil
L’éclairage
Ce qu’est l’inflation

L’inflation est une augmentation générale et durable des prix. Elle se traduit par une perte du pouvoir d’achat de la monnaie et donc par une baisse de la quantité de biens et de services que l’on peut acquérir. Prenons l’exemple d’une baguette de pain vendue 1 euro. Avec une inflation annuelle de 2 %, elle coûtera 1,02 euro après un an. Votre euro ne vous permet plus d’acheter cette baguette : la monnaie a perdu de sa valeur. L’inflation peut provenir d’une augmentation des coûts de production, telle qu’une hausse du coût des matières premières ou des salaires, qui se répercute sur les prix des produits. Elle peut aussi être liée à une demande de biens et services supérieure à l’offre. Dans ce cas, l’augmentation des prix permet un ajustement. L’inflation est surveillée par les banques centrales, des institutions généralement indépendantes du pouvoir politique.

Conséquences économiques

L’inflation pénalise les épargnants puisqu’elle se traduit par une baisse de la valeur des sommes épargnées et du taux de rendement réel des placements. Par exemple, si vous avez un placement qui rapporte 2 % et qu’il y a 3 % d’inflation, votre taux de rendement réel est négatif, de l’ordre de -1 %. À l’inverse, l’inflation favorise les emprunteurs – ménages, entreprises et États – car le niveau réel de leur dette diminue. Une inflation forte réduit le pouvoir d’achat des consommateurs, ce qui ralentit la consommation. Elle nuit aussi à la compétitivité des entreprises : leurs produits deviennent plus chers sur les marchés étrangers et peuvent même devenir plus chers que les produits importés sur le territoire national. À l’inverse, une inflation faible et stable permet aux ménages et aux entreprises « de prendre des décisions judicieuses en matière d’épargne, d’emprunt et d’investissement, ce qui contribue au bon fonctionnement de l’économie », explique la Réserve fédérale sur son site.

2 %
d’inflation

Comme la Réserve fédérale, les banques centrales des principaux pays développés visent un taux annuel d’inflation de 2 %. Il correspond selon elles à la stabilité des prix et constitue « une marge permettant d’éviter les risques de déflation », explique la BCE dans un document publié sur son site [PDF]. La déflation se caractérise par une baisse durable du niveau général des prix. Dans une telle situation, les ménages diffèrent leurs achats, ce qui entraîne un ralentissement de l’activité.

La régulation de l’inflation

Pour réguler l’inflation, une banque centrale dispose de plusieurs outils, le principal étant la fixation du taux directeur. Il s’agit du taux d’intérêt auquel elle prête de l’argent aux banques commerciales. Lorsque la banque centrale anticipe une hausse de l’inflation, elle augmente ce taux directeur. Les banques commerciales accroissent alors leurs propres taux, ce qui rend le crédit plus cher pour les ménages et les entreprises qui empruntent. Ils réduisent donc leurs dépenses de consommation et d’investissement, ce qui a pour effet de ralentir l’activité et de réduire l’inflation. À l’inverse, lorsque la banque centrale anticipe une baisse de l’inflation, elle abaisse son taux directeur afin d’encourager les banques à réduire leurs propres taux et à encourager les crédits. Ainsi, lorsque la Réserve fédérale se dit prête à laisser l’inflation dépasser les 2 %, elle annonce en réalité qu’elle ne remontera pas son taux directeur et que les taux d’intérêt vont donc rester durablement bas.

Liens entre inflation et emploi

Dans un article publié en 1958, l’économiste néo-zélandais Alban William Phillips élabore une courbe montrant un lien entre augmentation des salaires et baisse du chômage. En 1960, l’économiste canadien Richard Lipsey l’élargit à l’inflation : lorsque le chômage baisse, l’inflation augmente, par le biais des prix à la consommation (la demande est forte) et des salaires (des tensions apparaissent sur le marché du travail, au bénéfice des travailleurs). Validant cette courbe dite de Phillips, les économistes américains Paul Samuelson et Robert Solow avancent la même année que les décideurs ont donc la possibilité de choisir entre une inflation faible et un chômage élevé ou une inflation élevée et un chômage faible. Cette idée a été contestée à plusieurs reprises depuis les années 1970. Elle l’est d’ailleurs par Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, qui constate que le faible taux de chômage aux États-Unis ces dernières années, avant la crise liée au coronavirus, n’a « pas déclenché une hausse significative de l’inflation ».

Pour aller plus loin
COURBE DE PHILLIPS

Destiné aux enseignants et aux élèves de sciences économiques et sociales, le site pédagogique Melchior présente l’histoire de la courbe de Phillips et détaille son évolution depuis les années 1970 en Europe et aux États-Unis.

kickerLire l’analyse.
SALAIRES ET INFLATION

Dans une étude publiée en 2018, l’institut national de statistiques Insee montre que les relations entre inflation, salaires et chômage, mises en évidence par la courbe de Phillips, se sont atténuées, sans toutefois disparaître. Que ce soit en France ou aux États-Unis, il explique que le ralentissement de la progression des salaires, en particulier depuis la crise de 2008, a limité l’inflation.

kickerLire l’étude.

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