Le lancement de Disney+

Disney a lancé la semaine dernière sa plateforme de vidéo à la demande sur abonnement (SVOD). Le marché est dominé par des entreprises américaines, principalement Netflix.

L’actu

Le studio américain de production et d’animation The Walt Disney Company (souvent raccourci en Disney) a lancé le 12 novembre aux États-Unis, au Canada et aux Pays-Bas son service de vidéo à la demande par abonnement (SVOD), baptisé Disney+. Son catalogue, composé des productions de Disney et de ses filiales Pixar, Marvel, Lucasfilm ou National Geographic, offre près de 500 films, dont « Bambi », « Le Roi lion », « Avatar » ou les « Star Wars », des séries et des documentaires déjà diffusés à la télévision et des contenus originaux inédits. Proposé à partir de 6,99 dollars par mois, l’abonnement à Disney+ a été souscrit lors de sa première journée de lancement par plus de 10 millions de personnes, selon l’entreprise. Disney+ sera progressivement étendu à d’autres pays, dont la France en mars prochain.

L’éclairage

En quoi consiste la SVOD ?

La vidéo à la demande, appelée VOD (video on demand) en anglais, est un service permettant le visionnage d’une vidéo numérique à un moment déterminé par l’utilisateur, après téléchargement ou en diffusion continue (streaming). Lorsqu’elle est payante, la vidéo à la demande peut être proposée « à l’acte » (TVOD en anglais). Dans ce cas, la vidéo est disponible contre un paiement pour un téléchargement définitif ou accessible en streaming pour une durée ou un nombre de visionnages limité. La vidéo à la demande peut aussi être proposée sur abonnement (SVOD en anglais), celui-ci donnant accès de manière illimitée à un catalogue de vidéos. Le secteur de la SVOD est dominé par des entreprises américaines, les principaux services étant Netflix, Amazon Prime Video (groupe Amazon) et Hulu (coentreprise entre Disney et NBCUniversal). En France, 65 services de SVOD étaient actifs fin 2017, soit trois fois plus qu’en 2010, selon une étude publiée en 2018 par le Centre national du cinéma et de l’image animée, un établissement public, et le Conseil supérieur de l’audiovisuel, l’autorité de régulation du secteur. Toujours selon cette étude, la part des foyers français ayant recours à des services de SVOD était de 10 % fin 2017, un taux de pénétration inférieur à celui de l’Allemagne (23 %), du Royaume-Uni (43 %) ou de la Norvège (53 %).

Comment se positionne Disney+ face à Netflix ?

Alors que Netflix dénombrait fin septembre 158 millions d’abonnés dans le monde, Disney+ vise 60 à 90 millions d’abonnés d’ici 2024. Pour les séduire, Disney+ se différencie d’abord par le prix. Aux États-Unis, il propose un abonnement pour quatre écrans simultanés à 6,99 dollars par mois, alors que l’offre débute à 8,99 dollars par mois (pour un seul écran) chez Netflix. Disney+ ne diffuse que des productions issues de ses filiales américaines (Disney, Pixar, Marvel, Lucasfilm, National Geographic), tandis que Netflix propose des contenus originaux et ceux de studios tiers produits dans différents pays. Disney+ met en avant son positionnement familial, avec une offre entièrement accessible aux moins de 17 ans. Enfin, Disney+ diffuse ses séries originales au rythme d’un épisode par semaine tandis que Netflix propose l’intégralité des épisodes lors du lancement d’une série ou d’une nouvelle saison. Cité dans Les Échos, Gilles Pezet, consultant pour le cabinet NPA Conseil, estime que cette stratégie permet de « verrouiller » le spectateur, puisque « pour une série en dix épisodes, on est assuré de garder l’abonné au moins trois mois ».

Qu’est-ce qu’une licence ou une franchise cinématographique ?

Disney dispose de dizaines de licences ou franchises, parmi lesquelles « Le Roi lion », « Cars », « Star Wars » ou encore « Avatar ». Dans un article publié en 2012 dans la revue française Mise au point, la maîtresse de conférences en économie du cinéma Hélène Laurichesse explique que la licence et la franchise sont utilisées pour transformer un film en marque. La licence est un titre de propriété qui peut être exploité à des fins commerciales par un tiers contre le versement de redevances à son propriétaire. La franchise étend une licence au-delà de son exploitation traditionnelle, par exemple lorsqu’elle donne lieu à la production de jeux vidéo ou de produits dérivés (montres, parapluies, stylos, bijoux, etc.). Ces licences sont souvent achetées à un prix très élevé et ne sont rentabilisées qu’après plusieurs années. En 2009, Disney a ainsi acheté pour 4 milliards de dollars Marvel Entertainment et ses nombreuses licences de super-héros. Sorti en 2019, le film « Avengers : Endgame », qui rassemble les super-héros de différentes franchises, tels que Iron Man, Thor ou Captain America, est devenu en juillet le film ayant rapporté les plus importantes recettes de l’histoire du cinéma, dépassant les 2,79 milliards de dollars du film « Avatar ». Avec son service de SVOD, Disney dispose désormais d’un nouveau débouché pour exploiter ses licences.

Pour aller plus loin

Diversification de Disney. France Culture revient dans un article agrémenté de vidéos et de photos sur la saga Disney. Il montre comment l’entreprise est devenue, avec les rachats successifs de Marvel, de Lucasfilm et de 21st Century Fox, le premier groupe de médias et de divertissement au monde.

Netflix et les autres. Dans son vlog (blog vidéo) « La Casa des médias », le journaliste de L’Opinion Cyril Lacarrière présente les résultats trimestriels de Netflix, le dernier exercice « relativement tranquille » pour le groupe désormais confronté à de nouveaux concurrents majeurs (Apple TV+, lancé le 1er novembre, et Disney+, lancé le 12 novembre). Il insiste sur le fait que Disney est le seul à devoir apprendre un nouveau métier, celui de recruter des abonnés.

Autres articles

Les domaines skiables

Saisi par des exploitants de domaines skiables, le Conseil d’État a confirmé vendredi dernier la fermeture des remontées mécaniques. En France, cette activité est un service public régulièrement confié à des opérateurs privés. Lire la suite

La fiscalité internationale des entreprises

Les États-Unis et le Fonds monétaire international se sont prononcés la semaine dernière en faveur d’un taux d’impôt minimum mondial sur les sociétés. Certaines multinationales, en particulier dans le domaine du numérique, transfèrent une partie de leurs profits dans des pays à la fiscalité avantageuse, créant une compétition entre ces … Lire la suite

Le modèle économique allemand

Des élections législatives ont été organisées dimanche en Allemagne. Les résultats serrés ouvrent la voie à des négociations à l’issue desquelles un nouveau chancelier sera élu, en remplacement d’Angela Merkel. Il prendra la tête de la première économie européenne, dont le modèle économique présente des caractéristiques uniques. Lire la suite

Chaque semaine, Brief.eco explique et met en perspective l’actualité économique.