En Corée du Sud et aux États-Unis, des opérateurs de téléphonie mobile ont lancé la semaine dernière leurs premières offres 5G. Selon l’Arcep, l’autorité française de régulation des télécommunications, la 5G est une technologie « de rupture » qui « ne s’intéresse plus uniquement au monde des opérateurs de téléphonie mobile » puisqu’elle permet « la cohabitation d’applications et usages extrêmement diversifiés ».

L’actu

Les trois principaux opérateurs sud-coréens de téléphonie mobile ont lancé vendredi dernier leurs premières offres 5G auprès du grand public dans plusieurs villes du pays. Cette technologie offre des débits plus rapides pour les échanges de données et doit permettre d’enrichir l’offre actuelle en objets connectés. L’opérateur américain Verizon a également activé la semaine dernière son service dans certains quartiers de Chicago et de Minneapolis. Pour profiter de la technologie 5G, les clients doivent être équipés de smartphones spécifiques. Aux États-Unis, un accessoire à greffer sur l’un des téléphones du fabricant américain Motorola permet d’accéder aux performances du réseau 5G. En Corée du Sud, le fabricant Samsung a débuté vendredi la commercialisation de son premier modèle de smartphone 5G, dont le prix est supérieur à 1 000 euros.

L’éclairage

En quoi consiste la 5G ?

La 5G est la cinquième génération de technologie cellulaire utilisée pour les communications mobiles. Ses normes sont en cours d’élaboration par l’UIT, l’agence des Nations unies spécialisée dans les technologies de l’information et de la communication. Elle prévoit que la 5G ne sera pleinement déployée sur la plupart des marchés qu’à partir de 2020. Comme le détaille l’Arcep, l’autorité française de régulation des télécommunications, dans un rapport publié en 2017, la 5G est conçue pour offrir une meilleure couverture et un débit 10 fois plus rapide (PDF) que la précédente génération, la 4G. Ainsi, la 5G doit permettre de visionner en flux continu des vidéos en meilleure définition, y compris à bord d’un TGV. La 5G est aussi conçue pour « répondre à l’augmentation exponentielle de la densité d’objets connectés », tels que les montres, les enceintes, les pèse-personne ou encore les alarmes de la maison. En réduisant considérablement le temps de latence, c’est-à-dire le temps nécessaire pour que les données émises soient reçues par leur destinataire, elle favorisera l’essor des véhicules autonomes (grâce aux interactions entre les véhicules, les piétons et les infrastructures), du pilotage numérique des usines ou encore des robots chirurgicaux permettant de réaliser des opérations à distance, affirme l’Arcep.

Quelles sont les implications économiques de la 5G ?

En 2016, la Commission européenne a publié une étude évaluant les retombées sociales et économiques pour les États membres de l’UE d’un passage à la 5G à partir de 2020. L’étude s’est concentrée sur quatre secteurs – automobile, santé, transports et services publics – et sur quatre environnements – villes, campagnes, domiciles et lieux de travail. Elle estime que le déploiement de la 5G dans l’UE représenterait « un coût de 56,6 milliards d’euros » pour les opérateurs, mais qu’il créerait « 2,4 millions de nouveaux emplois » et « générerait des bénéfices » évalués à plus de 113 milliards d’euros en 2025, qu’il s’agisse des bénéfices directs pour les entreprises ou des bénéfices induits par l’utilisation des biens et services, par exemple via l’optimisation du trafic routier, de la gestion des réseaux d’approvisionnement en eau ou encore de celle des déchets. À la suite de cette étude, la Commission européenne a fixé comme objectif la couverture 5G d’une grande ville dans chaque État membre en 2020, puis de toutes les zones urbaines et des principaux axes de transport en 2025.

Comment sont attribuées les fréquences ?

Pour se déployer, la 5G doit utiliser certaines bandes de fréquences du spectre électromagnétique, un actif immatériel appartenant au domaine public. Dans un article publié en 2009, l’économiste français Lionel Janin explique que « d’un point de vue économique, le spectre est un bien commun ». Un bien commun est un bien non exclusif – personne ne peut être exclu de sa consommation – tout en étant rival – il existe en quantité limitée, si bien que l’utilisation par un individu ou une entreprise réduit celle des autres. C’est par exemple le cas des poissons dans la mer : tout le monde peut les pêcher, mais un poisson pêché par un individu n’est plus disponible pour les autres. Dans le cas du spectre, la rivalité se caractérise par le risque d’interférences. Il est donc nécessaire d’allouer des droits sur une partie du spectre, pour que plusieurs usages ne se disputent pas une même bande de fréquences. Dans un article publié en 1959, l’économiste britannique Ronald Coase soutient qu’une gestion efficace des fréquences radio passe par leur attribution aux entreprises à travers une procédure de vente aux enchères et non de manière administrative. Les États-Unis ont opté pour ce système à partir de 1993. En France, des fréquences ont pour la première fois été attribuées à travers des enchères en 2015.

Pour aller plus loin

Déploiement de la 5G. Dans une vidéo de moins de deux minutes relayée sur son compte Twitter, l’AFP explique le fonctionnement technique de la 5G, les nouveaux usages qu’elle va permettre pour les particuliers et les entreprises ainsi que les questions qu’elle soulève en matière de sécurité.

Pensée de Coase. Dans un long article publié dans la revue de sciences humaines et sociales La Vie des idées, l’économiste Élodie Bertrand présente le parcours et les théories de l’économiste britannique Ronald Coase. Elle détaille notamment ses travaux sur l’attribution des fréquences.

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